L. MARCH
idées scientifiques et à Futilisationdes anciennes observations sur la durée de la vie humaine ou sur la fixité de certains caractères moyens.
Lorsqu'à la suite de la découverte de nouveaux continents, le développement de la navigation multiplia les risques de naufrage, on reconnut dans ces risques une certaine régularité; de là, l'idée des assurances maritimes. L'assurance sur la vie s'organisa lorsque les observations de Graunt, de de Witt et de Halley fixèrent des moyennes relativement stables de la mortalité aux divers âges de la vie.
Par ailleurs, le sentiment que certains faits sociaux comportent une régularité analogue à celle des phénomènes physiques fit naître le goût des conjectures numériques; on crut possible de fonder des prévisions sur des observations isolées et hâtivement généralisées : deux siècles avant Malthus, Walter Raleigh et Botero supputaient les facultés d'accroissement, tant de la population que des subsistances. Et une conception du rôle des nombres dans l'étude des sociétés humaines — qui fait songer à la formule pythagoricienne — se forma sous le nom suggestif d'arithmancie que W. Petty transforma en arithmétique politique.
Malheureusement, l'analogie avec les prévisions physiques méconnaissait le caractère essentiel de ces dernières, en sorte que l'arithmétique politique aboutit souvent à des pronostics simplement fantaisistes et tomba dans le discrédit.
Cependant, certaines prévisions étaient légitimes, puisque les assurances finissaient par prospérer. Et d'ailleurs les arithméticiens politiques n'ont point été inutiles; ils ont prévu,
STATISTIQUE
sinon apprécié avec justesse, de nombreuses régularités sociales en dehors des phénomènes de la vie; ils ont eu foi dans l'enchaînement des faits dont s'occupe la statistique sociale et ils ont préparé les esprits à relier ces faits, à les comparer, à les expliquer.
Le mouvement de la philosophie scientifique, appuyé sur la découverte de nouvelles lois universelles, engageait à substituer aux relations empiriques des choses des rapports plus intimes fondés sur des propriétés. Il fallait craindre cependant, en des matières où les observations étaient difficiles et rares, qu'on ne retombât dans les procédés scholastiques. Ce fut une des faiblesses de l'arithmétique politique, ou d'écrivains tels que Montesquieu, de tirer parfois de constatations vagues et fragmentaires des généralisations excessives.
L'analyse des faits complexes, dcyit les sociétés humaines sont le foyer, peut difficilement être fondée sur des propriétés admises en quelque sorte a priori. Elle doit avant tout procéder de l'observation patiente et prolongée. Les inductions sont trop fragiles qui ne peuvent s'appuyer sur des suites ordonnées de rapports précis.
En consacrant une partie de sa vie à réunir des données numériques sur la population des États et des villes, et en en dégageant des rapports uniformes, Sussmilch a donné une orientation plus ferme aux recherches des arithméticiens politiques. Ses observations l'ont conduit à une importante généralisation, déjà entrevue par Vico et par d'autres : l'ordre observé dans les phénomènes naturels n'est point absent des phénomènes