‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 41 sur 63 · MARC H · texte numérisé non relu

MARC H

sociaux; ceux-ci ne sont dans leur ensemble ni arbitraires, ni capricieux. Parallèlement aux physiocrates, il a ainsi contribué à montrer la possibilité d'une science des sociétés humaines. De plus, en s'efforçant de limiter le champ des conjectures, par la comparaison de collections de faits similaires, il a tracé à la statistique la voie dans laquelle celle-ci a progressé.

Cependant cette conception nouvelle du rôle de la statistique exigeait un moyen d'apprécier la valeur relative des observations et des combinaisons d'observations. La théorie des jeux de hasard et des probabilités vint heureusement prêter à la statistique un précieux appui en montrant, d'une manière précise, qu'en dehors de la valeur intrinsèque de chaque observation, le nombre des observations de même ordre doit influer sur la légitimité des généralisations.

Par exemple, les derniers dénombrements du xvnie siècle ont eu pour base en France le nombre des naissances. Après avoir compté, dans quelques paroisses, à la fois le nombre des habitants et le nombre des naissances annuelles, on a obtenu un nombre moyen d'habitants correspondant à une naissance, coefficient qu'il a suffi de multiplier ensuite par le nombre annuel des naissances dans le royaume pour obtenir une évaluation du nombre total des habitants. Jusque-là, le calcul ne se distingue pas des opérations familières à l'arithmétique politique.

Laplace lui a donné la précision nécessaire en faisant apparaître sous son véritable jour le caractère hypothétique du calcul, et en fixant des limites à l'estimation ; il a montré en somme que le nombre des habitants, résultat du calcul, ne

STATISTIQUE

devait point être exprimé, en toute rigueur, par un nombre déterminé, mais qu'il devait l'être plutôt par deux nombres entre lesquels le chiffre réel se trouvait compris avec une certaine probabilité. C'était une première application de la critique scientifique au traitement des observations. Quelque conventionnelle que soit encore l'estimation ainsi complétée, sa valeur s'est fortifiée, bien qu'elle semble en apparence diminuée ; elle porte en elle un pouvoir de généralisation plus légitime.

Pourvue d'une méthode qui lui était propre, la statistique a vu s'étendre son domaine sous la triple influence du progrès économique, du mouvement des idées et de l'extension des relevés administratifs. Le développement de l'industrie et du commerce, la naissance de l'économie politique, ont fait apparaître la nécessité de notions numériques précises sur les mouvements des échanges. L'évolution des idées touchant les problèmes de morale sociale, les théories de Hume, de Beccaria, etc., les aperçus de Bufîon, de Laplace, de Condorcet firent comprendre l'utilité d'observer les manifestations morales de la vie collective aussi bien que les manifestations matérielles. Enfin, l'introduction progressive du régime représentatif dans le gouvernement des sociétés, amena les pouvoirs publics à étendre leurs propres recherches et à en publier les résultats, où naturellement abondent les données numériques.

Des matériaux statistiques de plus en plus importants se trouvèrent ainsi à la disposition des travailleurs : l'étude numérique des faits sociaux, — suivant l'expression du maître actuel

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