‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 42 sur 63 · L. MARCH · texte numérisé non relu

L. MARCH

de la statistique française — a pris une rapide extension dans les grandes divisions qu'elle comprend encore aujourd'hui : statistique des personnes, considérées sous le rapport soit des attributs physiques, soit de certains caractères moraux, soit de leurs rapports juridiques ou sociaux, et statistique des choses utiles à ces personnes.

Au milieu du siècle dernier, Quételet put grouper une masse considérable de matériaux de cet ordre dans une vaste synthèse, et étendre les conceptions formulées par Slïssmilch, près d'un siècle auparavant, à toutes les branches de la statistique sociale. Il contribua ainsi puissamment à donnera la science sociale, dont Comte venait de marquer la place dans l'échelle des connaissances, l'ossature de rapports quantitatifs, dont elle pouvait difficilement se passer.

Avec Quételet, la conception de la statistique comme science de la vie humaine et des collectivités humaines a pris une forme très précise et a atteint une grande hauteur — dépassant même parfois le raisonnable. Les prévisions qu'autorise la statistique ne sont plus le résultat de généralisations empiriques comme les calculs de l'arithmétique politique, ce sont des nécessités résultant de Tordre des choses. Les faits sociaux se déroulent conformément à des lois naturelles offrant beaucoup d'analogie avec les lois physiques. Sans doute, les prévisions ne concernent point ici les cas individuels, ce qui fait la part de la liberté; elles s'appliquent aux résultats moyens, par un mécanisme analogue à celui qui régit les événements fortuits.

Une telle conception, qui s'est formée progressa 324 €

STATISTIQUE

sivement dans le cours d'un siècle, répondait au besoin d'unité qu'éprouvent tant d'esprits ; elle faisait rentrer les faits sociaux dans le Cosmos dont l'esprit sonde le mystère.

Cependant, même à l'époque de Quételet, le domaine de la statistique, tel que le comprenaient les contemporains et beaucoup des successeurs d'Achenwall, s'était, à certains égards, amoindri.

Les matières qui composaient aux siècles précédents le « microscopium statisticum » se sont groupées successivement sur des territoires distincts qu'explorent la géographie, l'ethnographie, l'anthropologie, l'économique, la démographie, la sociologie, etc.

Par contre, Quételet lui-même a fait rentrer dans le cadre des recherches statistiques, après Laplace, la météorologie et aussi la biologie générale.

Il en résulte que la statistique ne peut plus être identifiée avec la science sociale, même limitée aux rapports numériques. Son domaine s'est restreint, vu sous un certain angle, tandis qu'il s'étendait, vu d'un autre côté. De là une conception nouvelle, formulée d'abord par Cournot, suivant laquelle la statistique apparaît plutôt comme une discipline utile, et parfois nécessaire, aux autres branches de la connaissance, que comme un sujet d'études ayant un objet déterminé, une fin qui lui soit propre. On y voit une méthode applicable à beaucoup de sciences ; malgré le sentiment que Cournot luimême a exprimé, sans trop le justifier, on ne la considère point en soi comme une science.

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