‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 43 sur 63 · L. MARCH · texte numérisé non relu

L. MARCH

Cette conception s'est développée progressivement, sous l'influence des progrès de la critique, dans l'enseignement et chez les théoriciens de la statistique. De nos jours, on la trouve nettement formulée et exposée par le seul auteur que nous citerons, attendu qu'il est mort — beaucoup trop tôt malheureusement — par Aug. Bosco.

Doit-on la considérer comme définitive? C'est ce dont on se rendra compte en examinant de plus près les caractères de l'investigation statistique. Pour le moment, bornons-nous à quelques aperçus généraux.

On a dit justement que le progrès scientifique a marché de pair avec la substitution progressive des notions de quantité aux notions de qualité. Sans aller jusqu'à la formule : « il n'y â de science que de ce qui se compte et se mesure », on peut constater que le développement de beaucoup de sciences a suivi la création ou le perfectionnement des instruments de mesure capables de fournir immédiatement des déterminations objectives des caractères étudiés.

Il n'est donc point surprenant que la statistique ait d'abord été identifiée avec l'étude numérique des sociétés humaines. Quel mètre eut permis par exemple de comparer les populations de deux pays? Le seul moyen est de compter les habitants, c'est-à-dire les éléments dont se composent les collectivités comparées, tandis que pour comparer d'une manière analogue, deux morceaux de fonte, il suffit de les peser.

Plus généralement, on peut dire que la statistique est l'instrument des déterminations de quantité quand les objets sont considérés en tant

STATISTIQUE

que collectivités hétérogènes et non comme des unités homogènes. Ici le mot homogène est entendu dans un sens étroit : l'identité d'origine entraînant l'identité des parties.

Par exemple, la température d'un volume d'eau, dont toutes les parties sont également chaudes, se mesure au thermomètre : c'est la statistique des indications thermométriques qui compare les températures de deux régions. Le biologiste définit une espèce par les caractères communs de tous les individus de l'espèce; il ne peut étudier sous forme quantitative les résultats variables sans recourir à la statistique. Le physicien, en quête d'une explication mécanique des faits calorifiques, ou d'une expression synthétique des mouvements browniens, applique aussi la méthode statistique.

Comme l'esprit ne saisit point aisément un ensemble complexe, ou variable, il ne peut guère exercer ses facultés généralisatrices qu'en ramenant les complexes à des notions plus simples, les variables à quelque chose de constant.

C'est à quoi tend la méthode de la statistique. Elle substitue à l'ensemble complexe un terme moyen, aux résultats variables des éléments qui demeurent, et complète l'étude des faits par l'analyse de leur distribution ou de leurs rapports numériques réciproques.

On retrouve d'ailleurs, dans l'application de cette méthode, les étapes successives de toute science d'observation, les principes fondamentaux de toute recherche scientifique. Aussi, n'aurons-nous pas besoin d'insister sur les traits communs à l'étude statistique des faits et aux autres formes de l'observation naturelle. Il suf-

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