L. MARCH
gouverner même les appréciations qui mettent en jeu une psychologie compliquée ; c'est un fait dont nous ne pouvons guère prouver la réalité que par une longue expérience, mais les vérifications se multiplient.
Or le moyen le plus sûr de tirer de ce principe ce qu'il peut donner, c'est de subdiviser le plus possible le champ d'observation. Si l'appréciation totale est décomposée en une foule d'observations partielles portant sur des masses divisionnaires, les erreurs des appréciations partielles sont susceptibles de compensations. Cette circonstance s'ajoute aux considérations techniques qui donnent tant de prix aux relevés individuels. La statistique devrait observer individu par individu et le moins possible par masse. Dans ce système, sans doute, la compétence de chaque observateur conserve quelque importance; toutefois si l'appréciation totale n'a pas perdu absolument tout caractère subjectif, il s'y incorpore la plus forte part possible d'objectivité.
Le principe de compensation intervient encore très efficacement quand l'appréciation de la collectivité des faits résulte d'une observation partielle ou limitée. Cette substitution est souvent commandée par l'insuffisance des moyens d'action; elle permet d'ailleurs, dans bien des cas, une meilleure utilisation des ressources.
Dans un pays neuf, où il n'est pas possible de compter les habitants d'une localité, on compte les maisons et l'on évalue le nombre moyen des habitants par maison. A cet effet, la seule méthode digne de ce nom est de procéder par épreuves en évitant toute tendance particulière, en prenant au hasard les maisons qui serviront d'épreuves,
STATISTIQUE
c'est-à-dire en s'eftbrçant de provoquer une compensation des écarts à partir du nombre moyen à évaluer.
Il peut arriver que les éléments subjectifs aient une valeur reconnue et contribuent alors à donner à l'observation un poids dont l'interprétation doit tenir compte. L'appréciation de ce poids, purement qualitative, est hors du domaine de la statistique ; elle n'a rien d'objectif. La combinaison d'un certain nombre d'appréciations qualitatives est d'ailleurs difficile et non sans danger. Nous signalerons plus loin une méthode propre à faciliter l'interprétation d'une semblable combinaison.
D'une manière générale, quel que soit le procédé dont elle fait usage, la statistique vise à embrasser la totalité des faits dont elle s'occupe en éliminant les influences particulières et personnelles. Par cela même, elle envisage les faits plutôt en surface qu'en profondeur. Mais elle éclaire le terrain et signale les points où doivent porter les sondages, pour extraire des échantillons dont l'examen sera particulièrement attentif.
La monographie complète alors l'étude des faits aux points où son intervention est le plus efficace. L'alliance de la statistique et de la monographie peut ainsi assurer à la science sociale une solide construction.
Il est bon de le répéter, pour qu'on ne se méprenne point sur la portée de l'observation statistique ; celle-ci n'impose pas de jugement ; elle s'efforce de mettre les faits en juste lumière; elle engage à user du principe de compensation
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