‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 50 sur 63 · L. MARCH · texte numérisé non relu

L. MARCH

Lorsqu'on a constaté qu'un médicament guérit une maladie dans le plus grand nombre des cas, bien que les circonstances qui accompagnent les divers cas de guérison semblent avoir toutes varié, l'administration du remède constituant le seul antécédent invariable, ou bien si l'on affirme que les circonstances adjacentes n'ont eu aucune influence décisive, on énonce implicitement une série d'hypothèses assez dangereuses parce qu'elles sont dissimulées.

On appliquerait aussi défavorablement la méthode inverse si Ton disait qu'ayant éprouvé la vertu du médicament dans des cas semblables, le supprimant dans certains de ces cas, l'administrant dans d'autres, on a constaté un plus grand nombre de guérisons dans les seconds que dans les premiers. En réalité, au milieu des circonstances qui coopèrent à l'état de santé ou de maladie, on a remarqué que, chez les malades, l'état de santé reparaissait plus fréquemment lorsqu'on avait administré le médicament que lorsque celui-ci était absent. On a ainsi noté un certain nombre de coïncidences ou, pour être plus précis, un certain nombre de concordances et un certain nombre de discordances. Avant d'interpréter, il faut peser cette connotation ; c'est à quoi s'emploie la méthode statistique.

La comparaison la plus habituelle rapproche les diverses modalités d'un même phénomène, suivant le temps, caractère commun de tous les phénomènes. On notera par exemple la fixité moyenne du rapport des naissances masculines aux naissances féminines, l'accroissement régulier de la taille suivant l'âge, les oscillations annuelles

STATISTIQUE

du portefeuille des banques, les oscillations saisonnières de l'activité du travail, etc. Ces mouvements révèlent des changements souvent significatifs, surtout quand on les compare à d'autres changements. Bien que la durée ne soit pas le seul élément qui ait varié dans le cours de l'observation, le phénomène étudié a généralement conservé son caractère et ses limites. D'ailleurs, on tiendra soigneusement compte des modifications qui pourraient être dues aux circonstances capables d'influencer notablement les résultats, en dehors de celles que Ton convient de synthétiser par la conception de la durée.

On appréciera de même les variations du phénomène étudié quand change la situation dans l'espace, caractère distinctif commun de tous les phénomènes de même date.

Il importe encore ici de tenir compte des modifications dues à des agents particuliers qu'il est préférable de séparer des circonstances générales de lieu. Si par exemple on compare la criminalité de différents pays et qu'on groupe sous la catégorie de lieu les circonstances telles que • climat, nature du sol, race, histoire, régime politique et administratif, etc., avant de porter un jugement sur la proportion différente des criminels, il faut au moins tenir compte des autres facteurs : définition plus ou moins conforme des crimes, forme et activité de l'inculpation, degré d'agglomération des habitants, etc., indépendamment des précautions ordinaires relatives à la préparation et au mode de publication des statistiques.

Dans ces comparaisons, on doit en somme

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