L. MARC II
s'attacher à respecter aussi bien que possible les règles techniques et veiller à l'uniformité des choses comparées. Avant de caractériser un rapport par une valeur numérique, il convient de faire en sorte que cette valeur ne soit point directement influencée par des circonstances autres que celle dont on étudie la relation. Si, dans deux localités, on constate des proportions différentes de décès par fièvre typhoïde, par rapport au total des décès, on ne peut tirer parti de cette constatation sous une hypothèse relative aux effets des autres causes de décès, tandis qu'on évite cette hypothèse lorsqu'on rapporte le nombre des décès typhoïdaux au nombre des habitants.
Les faits collectifs considérés à une même époque et en un même lieu possédant un troisième caractère distinctif, commun à tous les phénomènes de même date et ramenés à la même position, leur masse. La masse est un facteur capital de l'estimation. Une tribu peut contenir une plus forte proportion de nains qu'une grande nation sans que la race soit différente. Un village peut compter, relativement à sa population, beaucoup plus de décès que l'ensemble du pays sans qu'il y ait lieu d'incriminer son état sanitaire ; pour expliquer le fait, il suffit de considérer l'importance relative des deux populations.
Sous cet aspect, la considération de la masse appartient en propre à la méthode statistique ; c'est elle qui signale les anomalies réelles, qui permet une exacte conception de l'anomalie.
Un exemple précisera l'un des modes d'appli-
STATISTIQUE
cation de la méthode comparative usitée en statistique et les limites de cette application. Comparons le nombre des décès survenus au cours d'une année dans deux pays comme la Belgique et la France : cette comparaison est en soi bien peu instructive — elle eût été cependant autrefois matière à dissertation. Elle acquiert plus d'intérêt si Ton indique en même temps, au moins, le nombre des habitants de chaque pays, de façon à permettre le calcul d'un nombre moyen. En effet, parmi les facteurs susceptibles de faire varier la mortalité, et dont la connaissance est précisément l'un des buts de la comparaison, le nombre des habitants est l'un des plus significatifs. Le nombre moyen des décès par mille habitants élimine ce facteur et simplifie l'étude des autres. On remarquera alors que la composition de la population par âge est un second facteur important qu'on élimine à son tour en comparant des groupes d'habitants de même âge, ou à peu près ; puis on passera à d'autres facteurs : sexe, saison, habitat, profession, ordre de naissance, état sanitaire, etc.
Par cette cascade de groupements dont les éléments de variabilité sont de moins en moins nombreux, les moyennes successives sont progressivement débarrassées des influences de facteurs dont le nombre va croissant. Les groupes successifs sont de moins en moins hétérogènes, jusqu'aux groupes limites où l'un d'eux ne comprendrait qu'un seul individu.
On est alors ramené au point de départ puisque le nombre des habitants et celui des décès, résultent de comptages, individu par individu. On a parcouru un cercle, mais ce n'est