L. MARCH
Pourtant, si Ton observe la distribution effective des salaires d'un groupe d'ouvriers, on s'aperçoit que celle-ci est généralement assez éloignée de la symétrie. Le schéma représentatif est donc en défaut; il n'est point assez général. On a supposé que les effets d'une même cause se distribuaient avec une égale fréquence entre des valeurs régulièrement échelonnées i, 2... m. Cette hypothèse est trop simple; il faut lui en substituer une autre un peu moins simple. Ou bien l'on admettra que la fréquence des effets possibles d'une même cause varie régulièrement, ce qui revient à supposer une répétition des mêmes valeurs, le nombre des répétitions diminuant régulièrement d'une valeur à l'autre, comme par exemple dans le schéma suivant : 1, 1, 1, 1, 2, 2, 2, 3, 3, 4. Ou bien l'on supposera une égale fréquence des effets de différentes valeurs, mais ces valeurs se succédant à intervalles croissant ou décroissant régulièrement: par exemple, l'effet de chaque cause serait représenté par la suite 1, 2, 3, 5, 9.
Ces deux hypothèses, qui se ramènent d'ailleurs aisément Tune à l'autre, conduisent au même résultat: la valeur dominante, celle autour de laquelle se massent les effets résultants, ne divise plus la distribution en deux parties symétriques, elle dévie vers le côté où les répétitions des effets élémentaires possibles sont le plus nombreuses, ou vers le côté où les effets sont le moins dispersés.
L'exemple des ouvriers mineurs va nous fournir une application de ces deux dernières formes schématiques. On a supposé précédemment que
STATISTIQUE
les ouvriers d'égal revenu se partageaient à chaque période en deux groupes égaux. Cela revenait à admettre que leurs activités et leurs aptitudes se répartissaient de la même façon. Or, il n'en est rien. En fait, les ouvrierscapables sont moins nombreux que les autres.
Imaginons qu'au cours de la seconde période de temps deux tiers des ouvriers voient leur gain augmenter de o fr. 10, tandis que pour le tiers restant le gain journalier augmente de o fr. 20. Au lieu de deux groupes égaux, dont l'un comporte un accroissement de 10 et l'autre de 20, ce que nous représentons par la suite 10, 20, nous devons supposer que l'augmentation 10, réalisée deux fois plus fréquemment que 20, intervient avec un poids double, ce que l'on exprime schématiquement en représentant la suite des effets élémentaires possibles dans cette période, non plus par 10, 20, mais par 10, 10, 20, c'est-à-dire en répétant certaines valeurs. De même pour les autres périodes : la distribution des effets résultants prend donc une forme déviée.
Dans cette analyse de l'accroissement des revenus, la cause de l'accroissement est intérieure. Considérons une cause extérieure, par exemple une augmentation du prix de la tonne extraite. Si les ouvriers bénéficiaient également de cette augmentation, leur distribution ne serait pas modifiée. Mais la hausse profite naturellement davantage aux ouvriers les plus actifs ou les plus habiles, à ceux, par conséquent, qui ont déjà le plus fort revenu.
Si, avant l'augmentation, on supposait les ouvriers répartis en trois groupes égaux dont les revenus sont représentés par les nombres 1, 2, 3,