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LA MÉCANIQUE SCHOLASTIQUE ET LA MÉCANIQUE COPERNICIENNE

Les scholastiques, comme les Coperniciens, partaient des notions de temps, de longueur et de mouvement absolus, et comme les Coperniciens, ils admettaient que les mouvements absolus satisfont au principe de causalité. Quel était donc le point de divergence précis des deux doctrines ?

Considérons, comme plus haut, un système d'éléments matériels dont chacun reste identique à soi-même, et supposons ce système colossalement éloigné de tous les autres corps. Pour les Coperniciens comme pour les scholastiques, l'état du système à un instant donné, (ou, si on veut, l'état initial du système) détermine son avenir, c'est-à-dire son mouvement absolu. Mais pour les scholastiques, l'état initial du système, ce

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sont les positions de ses éléments à l'instant initial, et rien d'autre; pour les scholastiques, ce sont les positions et les vitesses à l'instant initial En particulier, supposons que le système se réduise à un seul élément : par raison de symé trie (p. 96), la doctrine scholastique entraîne cette conséquence que l'élément reste néces sairement immobile. Le principe de l'inertie scholastique s'énonçait ainsi : Tout élément mal riel infiniment éloigné des autres reste absolumen fixe.

Pour les scholastiques, il n'y a donc pas de vitesse acquise : que d'un élément matériel en mouvement on écarte brusquement et à grande distance tous les autres corps, l'élément s'arrête brusquement. D'après les Coperniciens, au contraire, il garde sa vitesse en grandeur, direction et sens.

Pour les scholastiques, ce sont les corps voisins qui à chaque instant communiquent à un élément matériel sa vitesse; pour les Coperniciens, les corps voisins modifient, à chaque instant, d'une façon continue, en grandeur et direction, la vitesse acquise de l'élément.

Cette divergence sur le principe de l'inertie suffit à creuser un abîme entre les deux doctrines. Considérons, par exemple, un système de deux éléments matériels, infiniment éloigné des autres corps, et supposons que les deux éléments s'attirent : si la vitesse initiale de chaque élément est nulle, les deux éléments se meuvent sur la droite qui les joint et viennent se choquer; mais si les vitesses initiales ne sont pas nulles et ont des directions quelconques, que doit-il arriver d'après la doctrine copernicienne ? Chaque

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élément décrira une trajectoire curviligne en déviant à chaque instant de la direction de sa vitesse. actuelle vers l'autre élément, et les deux éléments ne se heurteront pas. D'après la doctrine scholastique, tout se passera comme dans le cas où/ les vitesses initiales sont nulles, et les deux éléments viendront se heurter.

C'est ce qui explique l'objection opposée par les scholastiques au système de Copernic et à l'hypothèse du mouvement de la terre : « Pourquoi la terre, pourquoi les planètes ne tombentelles pas sur le soleil1 ? »

Le principe de l'inertie tel qu'ils l'énonçaient aurait dû conduire les scholastiques à cette conclusion que les étoiles sont fixes. Mais leur mécanique n'eût pas été pour cela plus capable d'expliquer les mouvements terrestres ou les phénomènes astronomiques. Dans ces conditions, ils n'avaient point de motif assez fort pour contredire à la fois le préjugé géocentrique vulgaire, le dogme religieux et l'autorité d'Aristote.

i. Képler répondait à cette objection en admettant que les planètes ont une âme qui les guide sur leurs trajectoires. Cette réponse suffirait à prouver que Képler n'est point l'auteur du principe classique de l'inertie qui porte son nom, et qu'il n'en avait point pénétré le sens. En fait, ce principe est au fond de toute la doctrine de Copernic et de son école, mais parce, qu'il entraînait comme conséquence le mouvement de la terre, il n'apparaît que sous une forme prudente et dissimulée. Si Képler, qui avait reçu ce principe de l'école copernicienne, l'avait approfondi aussi bien que Galilée, s'il avait compris que le mouvement d'un élément est une sorte de compromis perpétuel entre sa vitesse acquise et la force qui s'exerce sur lui, c'est lui qui eût découvert l'attraction universelle, dont les lois se trou* vent dans ses équations.

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Ils regardaient donc la terre comme immobile, et les mouvements absolus étaient, pour eux, les mouvements rapportés à la terre : mais ces mouvements ne répondaient nullement aux principes péripatéticiens et ni les dissertations sur l'influence de l'air, ni la distinction entre mouvements naturels (mouvements des astres) et mouvements forces (mouvements imposés par des forces) ne parvenaient à concilier la mécanique d'Aristote et la réalité.

En définitive, la doctrine des scholastiques n'avait rien d'absurde a priori. On peut même dire que leur interprétation précise du principe de causalité était la première qui dût se présenter à l'esprit et être mise à l'épreuve. Leur tort fut de s'obstiner dans cette première interprétation et de prétendre y plier les faits malgré tout. Adoptant quant au reste les idées scholastiques, les Coperniciens se bornèrent à tenir compte des observations vulgaires pour modifier sur un point (définition des conditions initiales) l'interprétation du principe de causalité, et cette modification suffisait pour que le principe s'accordât avec la réalité et pour que la mécanique^ immobile pendant des siècles, prît son prodigieux essor.

Entre l'école schojastique et l'école copernicienne une école intermédiaire s'était formée à la suite de Tycho-Brahé. Cette école, dont la doctrine se rapproche singulièrement de celle des sceptiques modernes, rejetait la notion de mouvement absolu : tous les repérages des mouvements se valent et il n'y a pas de raison d'adopter l'un plutôt que l'autre. Qu'on rapporte les mouvements à la terre, la terre est fixe ; qu'on les

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rapporte au contraire à des directions issues du soleil et qui accompagnent les étoiles, la terre a un double mouvement. Simple question de convention. — Cette doctrine est inattaquable au point de vue purement descriptif, mais non pas au point de vue de la recherche des causes. Ce qui lui échappait, et ce que Galilée au contraire faisait ressortir avec vigueur, c'est que le principe de causalité et en particulier le corollaire de la symétrie (p. 82) ne sauraient être vérifiés que moyennant un repérage spécial des mouvements, et non dans un repérage quelconque.

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