RÔLE DE L'EXPÉRIENCE DANS LA GENÈSE DE LA MÉCANIQUE
Résumons la méthode qui a guidé les fondateurs de la mécanique.
Nos contacts quotidiens avec le monde extérieur nous imposent le principe de causalité. Ils nous l'imposent si impérieusement qu'il nous est bien difficile de concevoir un univers où les faits n'auraient point de causes et naîtraient en quelque sorte au hasard sans être engendrés par les faits antérieurs; mais ils nous l'imposent sous une forme vague.
Le postulat fondamental de la mécanique, c'est que les mouvements absolus (c'est-à-dire au fond les mouvements convenablement repérés) satisfont rigoureusement au principe de causalité. Mais pour tirer du principe des conséquences rigoureuses^ il est indispensable de le préciser.
L'interprétation du principe par les scholastiques était trop étroite ; s'inspirant des observations les plus simples, les Coperniciens ont
P. PAIN LEVÉ
corrigé cette interprétation, et le principe de causalité, précisé exactement, les a conduits à un énoncé presque intégral du principe de l'inertie. Les observations astronomiques sont intervenues pour compléter et confirmer cet énoncé. L'étude expérimen.tale de la chute des corps a révélé à Galilée la notion d'accélération ; la statique, déjà connue des anciens, a fourni le principe de la composition des forces. Ces notions une fois acquises, c'est par un effort logique que les axiomes de la mécanique ont été déduits du principe de causalité. Il ne restait plus à Newton et à Huyghens qu'à codifier ces axiomes et à les illustrer par d'éclatantes vérifications.
Les axiomes de la mécanique s'appliquent aux mouvements absolus. Mais c'est un simple jeu, pour le mathématicien, d'en déduire les propriétés des mouvements repérés d'une façon quelconque, notamment des mouvements rapportés à la terre. Ce sont évidemment ces derniers mouvements et leurs lois qui intéressent le plus les hommes au point de vue des applications. Aujourd'hui que nous connaissons ces lois, il nous serait possible de les vérifier par des expériences directes. Il n'y a donc point de difficulté à donner des axiomes de la mécanique un exposé strictement positif, basé sur l'expérience' et indépendant de toute arrière-pensée sur le mouvement absolu et le principe de causalité. Mais c'est là un exposé artificiel, et il est invraisemblable que cette voie empirique eût: jamais conduit à la découverte des lois fondamentales du mouvement.
En définitive, la méthode expérimentale n'ajoué qu'un rôle auxiliaire dans la formation de la;
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MÉCANIQUE
mécanique. Ce sont des idées générales, précédant toute expérience scientifique, qui ont engendré les axiomes de cette science, et le rôle de l'expérience a été surtout de préciser ces idées générales et de guider les tâtonnements qu'entraînait leur interprétation. Ce sont ces idées générales qui ont permis de retrouver et de suivre les fils enchevêtrés des lois simples dans la trame complexe des phénomènes. Comme elles concernaient le mouvement absolu, on comprend comment la théorie des mouvements terrestres, qui s'imposaient à nos sens, n'a pu progresser qu'avec celle du mouvement vrai des corps célestes.