‹ De la méthode dans les sciences (volume 2)Chapitre 43 sur 61 · M OB A LE · texte numérisé non relu

M OB A LE

comme incommensurables les uns avec les autres, puissent jamais faire l'objet d'une représentation intellectuelle et d'une science proprement dite. Il est vrai qu'ils ne le peuvent pas, dans cet état. Mais il suffit, pour qu'ils le puissent, qu'ils aient subi une élaboration permettant de les concevoir comme objectifs, et d'en découvrir les lois constantes. Ceci n'est pas une hypothèse : non seulement la mécanique, la physique et les autres sciences de la nature physique se sont constituées ainsi, mais on en peut dire autant de la linguistique, de la science des religions, et d'autres sciences du même genre. Il reste que, pour la plupart des catégories de faits sociaux, les moyens actuels d'objectivation sont encore très insuffisants, ou même font défaut. Mais, si Ton veut dire seulement que la sociologie en est encore à la période de formation, personne ne le conteste, excepté ceux qui tendent à prouver, par leurs ouvrages, qu'elle n'est pas une science. Le point capital est que la réalité morale soit désormais incorporée à la nature, c'est-à-dire que les faits moraux soient rangésparmi les faits sociaux, et que les faits sociaux en général soient conçus comme un objet de recherche scientifique, au même titre et par la même méthode que les autres phénomènes naturels.

De cette façon, les rapports de la théorie et de la pratique en morale redeviennent normaux et intelligibles. Dans ce cas, comme dans les autres, la pratique rationnelle, qui doit venir tôt ou tard modifier la pratique spontanée issue des besoins immédiats de l'action, dépend désormais du progrès que fera la connaissance scientifique

Page 1