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la morale à la mécanique et à la médecine, implique que toutes trois sont conçues comme des arts rationnels, se proposant, sous la direction de la science, de modifier une réalité donnée. En ce qui concerne la mécanique et la médecine, aucune confusion n'est à craindre, ni de mots, ni d'idées. Il est trop clair que la réalité où elles interviennent a son existence propre, et qu'elle fait l'objet d'un vaste ensemble de sciences (mathématiques, physique, chimie et biologie). Mais, si la morale correspond exactement, comme art rationnel, à la mécanique et à la médecine, il faut avouer qu'elle opère, elle aussi, sur une réalité donnée, qui ne dépend point d'elle pour exister.
Si donc l'art moral rationnel doit reconnaître que, dans un grand nombre de cas, il" est aujourd'hui hors d'état de résoudre les problèmes qui se présentent, c'est-à-dire de savoir comment et par quels moyens modifier la réalité donnée, même quand nous aurions un intérêt pressant à le faire, cet aveu n'a rien de particulièrement alarmant. Il ne signifie pas que nous nous trouvions sans morale, au sens courant du mot, c'est-à-dire sans règles de conduite, sans direction, incapables d'agir et comme paralysés. Au contraire, en l'absence de cet art rationnel, les règles d'action traditionnelles pèsent de toutes leurs forces sur les consciences, et si elles n'obtiennent pas d'être obéies, c'est pour des raisons où notre ignorance n'a point de part.
Mais, dira-t-on, qu'importe que, dans la con- £ 36* €