‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 104 sur 443 · MARQUIS ET BOURGEOIS DANS MOLIERE · texte numérisé non relu

MARQUIS ET BOURGEOIS DANS MOLIERE

Seconde partie : L'analyse approfondie de deux exemples : la noblesse et la bourgeoisie.

Malheureusement, ce procédé, le plus facile de tous, qui consiste à décrire les habitudes dues au métier, n'est possible que dans la peinture des personnages épisodiques. — Alors comme aujourd'hui, en effet, les habitudes du métier ne sont pas les seules qui distinguent les diverses classes de la société : la condition est quelque chose de plus général que le métier, et il arrive constamment que deux hommes du même métier soient de condition différente, alors qu'une même condition rapproche des individus de professions diverses. « Qui dira, soupirait alors La Bruyère, le plus ou moins de différence que l'argent met parmi les hommes ? » C'est par la fortune et l'influence sociale que les hommes sont rapprochés ou séparés, beaucoup plus encore que par la profession... D'autant mieux qu'au xvii« siècle le principal métier consistait à n'en pas avoir, et que la condition était réputée d'autant plus honorable qu'on y vivait sans rien faire, qu'on y vivait' « noblement » . Qu'a fait Harpagon, dans sa jeunesse ou dans sa maturité ? Gomment Chrysale a-t-il gagné sa fortune ? Quel métier ont-ils exercé ? Aucun, très probablement. Ils ont hérité de leur père, dont le père avait peut-être fait sa fortune par le travail ; mais, quant à eux, ils n'ont jamais eu cette trace de roture ; ils ne comptent dans la société, ils ne sont vraiment bourgeois que parce qu'ils n'ont pas de profession. — Pour les nobles, qui formaient l'autre partie du public de Molière, leur condition était de se donner la peine de naître, et rien de plus, n faut donc à Molière une réflexion plus profonde pour saisir les ridicules de la noblesse ou de la riche bourgeoisie que pour nous présenter les exploits de M. Loyal ou la seringue de Diafoirus. Aussi nous fait-il pénétrer jusqu'au fond de cette société si différente de la nôtre ; il nous permet de découvrir, d'après la peinture des mœurs, le principe des institutions qui leur avaient donné naissance.

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