MARQUIS ET BOURGEOIS DANS MOLIERE
sée. « ... en types humains », disions-nous, ou que Molière, « dans sa conception de la comédie, accentue des travers desquels jaillit la crise ». Je serais soulagé de ne pas voir H. « réaliser le critérium d'un genre » ou « extérioriser son moi ». M. me fait véritablement souffrir lors-' qu'il me présente avec M. Jourdain « la ganache bourgeoise dans toute l'ampleur de sa matérialité » ; bref, je déplore l'influence qu'exerce sur vous le langage de plusieui s 3coles de critiques, dont la meilleure ne vaut rien. Je n'aime pas davantage les métaphores surannées qui furent lia mode vers i84o : les « points de vue », les « revers de la médaille », les « horizons », élargis ou non, qui déshonorent vos réflexions sur la société du grand siècle, m'affligent autant que la vue d'une pendule Louis-Philippe sur une cheminée du Grand Trianon. Mais celles-là, du moins, ne sont pas prétentieuses ; elles sont usées, trouées aux coudes; elles ne sentent pas leur pédant... Quand cesserezv'ous donc d'emprunter leur pire jargon à ceux qui ne veulent voir dans les Lettres que ce qui n'est pas littéraire, qui parlent de science là où il ne devrait être question que de goût, et dont les formules ambitieuses m'inspirent une horreur sacrée ? — Il serait plus facile encore de vous lire des cascades de qui et de que, de prépositions et.de conjonctions. Je vous présenterais, au hasard, dans la copie de G., par exemple, des marquis qui ne respectent pas plus les lois de l'harmonie que la chanson des Turcos,
Avec leur chic exquis Qu'ils doivent à qui ? à qui ?
A BourbaA-i /
Je jetterais toutes pantelantes, devant vos yeux émus, de pauvres phrases difformes, désarticulées, bossues, boiteuses, des monstres..., toutes nos misères, toute la partie lératologique de nos malheureuses études. Mais est-il vraiment bien utile de transformer notre classe en un musée Dupùytren ? Platon recommandait de mettre sous les yeux de la jeunesse de belles formes harmonieuses ; procédé méconnu jadis par certains maîtres, qui faisaient écrire au
174 l'esprit classique au xvii" siècle
tableau les fautes les plus scandaleuses. Je préfère Plator à ces vieux professeurs, et la vue d'une œuvre d'art à h contemplation du pilori. Écoutez les hommes instruits lisez des ouvrages bien écrits, et surveillez votre langage Soyez exigeants pour vous-mêmes, refusez-vous les termes vagues et les tournures négligées, et tâchez d'être toujours plus précis, plus clairs, plus corrects. Quanc vous éprouverez sincèrement ce besoin de la perfection vous saurez tout. Tant que vous ne l'éprouverez pas, vou! ne saurez rien. Et ce ne sont pas les critiques négatives les reproches et les moqueries qui le feront naître dan; votre âme.
Je crains donc fort, mon cher E., que votre demande n( soit aussi superflue que peu charitable. Négligez ces futilités, ne vous attachez pas aux critiques puériles, rappelez-vous que La Bruyère a traité la moquerie d' « indigène» d'esprit », et pratiquez la Charité. Joignez-y le plus possible la Foi, c'est-à-dire l'ardeur, la passion, l'enthousiasme ! Et bientôt, sans doute, vous pourrez, songeant i l'examen futur qui projette sur nous ses ombres, y ajoutei l'Espérance.