‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 115 sur 443 · I. — La morale · texte numérisé non relu

I. — La morale

Quels textes de La Fontaine avez-vous trouvés, où il nontre l'importance de la Morale à ses yeux ?

igO L ESPRIT CLASSIQUE AU XVir SIECLE

M. — Le début de la fable le Pâtre et le Lion (VI, i) :

Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ; Le plus simple animal nous y tient lieu de maître...

La Fontaine ajoute qu'il faut non seulement plaire, maii instruire,

Et conter pour conter lui semble peu d'affaire.

J. — La Dédicace à M^^ le Dauphin, où le poète déclan que cette histoire des animaux,

encore que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçon.

Là encore, il parle d'instruire ses lecteurs :

Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.

T. — Dans le Bûcheron et Mercure (V, i) :

Quant au principal but qu'Esope se propose, J'y tombe au moins mal que je puis.

Et il répète toujours :

... je plais et j'instruis.

— C'est, en effet, une idée importante aux yeux de L; Fontaine. Il se considère comme un moraliste. Il a pass( sa vie à juger les hommes, et ses fables nous intéressen par la solidité non moins que par la finesse de ses juge ments. Dans la Grenouille et le Rai, par exemple, où si trouve la morale ?

A. — Au commencement et à la fin : v. i-4 et v. 42-45

— Et d'où vient le charme de sa poésie, lorsqu'il S' contente de nous faire de la morale ?

A. — De sa grande simplicité.

— Mieux encore...

A. — De sa grâce.

— Un troisième mot, où l'on trouve de la simplicité de la grâce, et autre chose encore... Une simplicité doublé de malice, une grâce qui n'ait rien de superficiel, la grâc

L EXPRESSIO^I DANS LA FONTAOE IQI

d'une poésie aussi solide que brillante, où le bon sens passe avant toute chose, une grâce parfois un peu familière... Vous ne trouvez pas?... Gomment appelait-on souvent La Fontaine au xvii* siècle ?

H. — Le bonhomme !

— Justement! « On n'effacera pas le bonhomme », disait M™* de Sévigné. Le mot que nous cherchons est donc :

H. — La bonhomie.

— Montrez-nous, V., dans ce passage, les caractères de la bonhomie. Elle est d'autant plus curieuse ici que le procédé de La Fontaine, moins habilement employé, sentirait quelque peu le pédantisme. Le poète va chercher, pour rendre sa pensée, un vieux mot français :

Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s'engeigne soi-même.

J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui : Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.

Vous entendez d'ici cette citation faite par Vadius! Heujreusement La Fontaine n'est pas Vadius; il sait très bien [qu'il fait une chose contraire aux usages du monde, que ison mot est trop vieux pour être dit dans un salon, qu'on a toujours mauvaise grâce à entamer, dans ces conditions, un I cours de grammaire historique... Mais il le fait si ingéjnuraent, il a de si bonnes raisons pour employer ce vieux i terme, il s'en excuse d'un ton si naturel !

J'ai regret I

i Pourquoi «j'ai regret », P., et non « je regrette » ? ! P. — Parce que « j'ai regret » est plus timide, plus modeste, moins affirmatif. . .

— Oui, c'est un sentiment qu'il exprime, non un juge- ; ment :

J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui I

La jolie confidence! Et comme on voit le « bonhomme », , hochant la tète, familièrement, pour excuser par la simpli- Icité de ses manières une érudition de professeur ! — D'où

vient aussi, malgré cette érudition, l'élégance de son style?

Page 1