I. La vengeance
Montrez-nous en quoi consiste l'hypocrisie d'Oreste
l'art d'apprendre une leçon 227
dans les six premiers vers. Voyez-vous des cas où l'appel à la vengeance soit légitime, héroïque, utile même ?
M. — Oui, lorsqu'un peuple est foulé aux pieds sans justice et sans ménagements.
— A une condition, pourtant. Laquelle ?
M. — C'est que l'homme dont il se venge soit bien celui qui l'opprime, et non un enfant inoffensif.
— L'habileté oratoire d'Oreste consiste donc à s'appuyer sur une idée juste (le mal qu'a fait Hector aux cités et aux familles), à l'exprimer en vers éloquents, poétiques, dont les rimes sonores vibrent à nos oreilles... pour proposer une lâcheté.
H. — Il plaint pourtant Astyanax, puisqu'il dit: ce malheureux fils.
— Vous croyez qu'il le plaint?... Gomme vous avez encore besoin de relire Tartufe! Oreste emploie un mot d'amour et de pitié — comme Tartufe — mais avec un sentiment de haine implacable — comme Tartufe encore disant « mon cher fils » à celui qu'il étrangle (III, 6). — Astyanax est malheureux d'être le fils d'Hector; il est malheureux surtout d'être responsable des actes de son père. « Je le plains, soupire Tartufe-Oreste... Je le plains d'avoir eu ce malheur; mais ce malheur est une faute, et »ine faute qu'il doit payer. » Il prononce « malheureux » comme il prononcerait « coupable » ; et ce raffinement doucereux achève de nous faire comprendre son vilain rôle.