‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 143 sur 443 · CHAPITRE VI LE STYLE DE LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LE STYLE DE LA BRUYÈRE

SOMMAI RE

Vous êtes-vous demandé quelquefois pourquoi certains hommes sont si ennuyeux? Nous les estimons, nous les aimons, nous serions désolés de leur causer de la peine.

Qu'on vante en eux la foi, l'honneur, la probité, Qu'on prise leur candeur et leur civilité, On le veut, j'y souscris...

Mais leur société nous laisse une impression grise et morne de lassitude et de langueur ; il semble que nous ayons nous-mêmes la tète vide, tant la stérilité de leur expression

Fait mourir à tout coup la conversation.

Et nous nous disons avec inquiétude : « Est-ce que je ne penserais plus rien sur rien ? Est-ce que je n'aurais plus d'idées ? Est-ce que je deviendrais un sot ? »

Il y en a d'autres, au contraire, si ingénieux, si vivants, qu'ils excitent notre verve et nous amènent à trouver des remarques presque aussi fines que les leurs ; nous faisons, grâce à eux, des découvertes inattendues dans ce domaine inépuisable qui s'appelle la sottise humaine. De sorte que nous les quittons satisfaits d'eux et de nous-mêmes, et qu'ils semblent nous laisser plus intelligents, plus instruits, plus spirituels que d'ordinaire ! — La Bruyère est un de ces causeurs précieux. Quand on le lit, on se sait gré à soi-même de le trouver si clairvoyant. Il réveille en nous

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