UNE EXPLICATION EN SORBONNE
3mptes rendus in-quarto du président Rolland et de La halotais jusqu'aux libelles d'innombrables abbés, préîpteurs ou philosophes, ont inondé au nom de la péda- 3gie les boutiques des libraires. L'expulsion des Jésuites ; la publication de V Emile marquent le point de départ de jtte invasion en 1762, et ce n'est qu'aux approches de la évolution, lorsque les questions de politique pure deennent décidément brûlantes, que l'on cessera de se disiter sur 1' « Education nationale » ; la bataille ne sortira ;s collèges que pour descendre dans la rue. Et Diderot le dire, au milieu de ces échauffés, que sa fille restera rangère aux sciences, n'apprendra qu'un peu de dessin fera surtout de la morale ! Extraordinaire modération ! Ce n'est pas qu'il méconnût l'importance nouvelle des iences. Vous avez vu la part qu'il leur fait dans ÏEncy- )pédie : elles y régnent en maîtresses. M. Lanson nous a té en outre trois textes tirés du Plan d'une université pour i?ussie (1770- 1776) et d'une Lettre à lacomtesse de Forbach robablement écrite vers 1771), qui menaient tous à cette nciusion formulée par Diderot : « Rien ne vaut l'étude îs mathématiques pour raisonner juste. » En fait, la fille ! Diderot n'est restée étrangère ni aux sciences physi-
les ni aux sciences naturelles (i) — Alors? — A notre
nette objection le professeur a répondu en nous rament au principe qui fait l'unité de la leçon. Vous vous le ppelez : Diderot, dans le Dialogue, est un modéré ; il Lttache aux solutions moyennes, pratiques, et il est aussi
éoccupé d'éviter l'excès dans un sens que dans l'autre
insiste donc sur l'idée qui lui semble la plus importante
; sar le mouvement relatif d l'éducation chez M'"^ de Lambert et M™« d'Épir, ainsi que sur les opinions des philosophes à ce sujet : — Voltaibe, dogue sur l'éducation des filles — d'Alembert, Réponse à J.-J. JRoasseau — sont d'accord avec Diderot sur le développement nécessaire de la raison ;z les femmes ;
II) sar l'opinion contraire de J.-J. Bousseau — Au contraire, Rousseau d'accord avec le Neveu de Rameau : Sophie, dans l Emile (1762) — e question encore indécise, faute d'indications suffisantes : Diderot a-t-il l'intention de répondre à Y Emile sur ce point? ;0 V. éd. AssÉzAT, t. XII, p. 3o4.
dans la discussion présente; il signale les avantages d'un prudente temporisation. Sa fille est faite pour vivre dan la société bourgeoise de 1770. Or la bourgeoisie est trè -conservatrice dans ses habitudes, même quand elle parai révolutionnaire dans ses idées : elle est un peu comm Mirabeau, qui restait, le lendemain de la nuit du 4 Aoùl « M. le Comte » pour son domestique. La fille de Diderc n'y figurera donc pas comme une exception ; elle ser comme les autres ; elle n'essuiera pas les plâtres de la ré volution féministe : il vaut mieux être heureux que d'avoi du génie et de préparer l'avenir au prix de sa tranquillité En revanche, elle saura le passé dont nous sommes pleins elle connaîtra la fable et la mythologie, quoiqu'il soit bie certain que ce genre d'acquisition soit peu essentiel; mai les salons et les jardins sont remplis d'œuvres d'art d( vant lesquelles il ne faut pas avouer son ignorance. Made moiselle Diderot saura donc parler des choses de la my thologie aussi longtemps que ces choses feront l'entretie des « honnêtes gens ». Elle ne connaîtra, par contre, de mathématiques que les quatre règles nécessaires pour ] tenue de son ménage. Vous le voyez, la hardiesse du phi losophe n'a d'égale que la prudence du bourgeois.
Ainsi s'éclairent pour nous les spirituels propos qu'échai gèrent, entre beaucoup d'autres, au jardin du Palais-Roya les deux habitués du banc d'Argenson sur l'Éducation d filles, (i)
(i) M. Lanson, à qui nous avons communiqué ce compte rendu, a bl voulu, non seulement rectifier certains détails, mais ajouter la note suivani qui précise sa pensée : « Je reconnais là, dit-il, mon enseignement remercie M, Bezard de la peine qu'il a prise d'en donner une idée. Mj (je le constate avec joie) il l'a reproduit tel qu'il l'a retrouvé dans son propesprit ; il l'a pénétré, assimilé, transformé sans le travestir. Si M. Beza fait comprendre par la fidélité de son analyse la pensée du professeur, suggère aussi, par la réaction originale de son tempérament qui apparaît da «a fidélité même, l'idée de la manière active dont il est bon qu'un audite reçoive un enseignement. r>