‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 248 sur 443 · LE PRINCIPE DU ROMANTISME DANS L'ŒUVRE DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DU ROMANTISME DANS L'ŒUVRE DE ROUSSEAU

SOMMAI RE

I. — Montrer l'importance que prend la personne de Roussean dans les œuvres qu'il a publiées de son vivant.

Quatre élèves examineront successivement, à ce point de vue :

i) les deux Discours sur les Sciences et les Arts (1760) et sur VOrigine de Vlnégalité (1755), et la Lettre à d^Alemberl sur les Spectacles ( 1 768) ; [J .]

2) les Extraits de la Nouvelle Héloîse Çi']6i'); [de B.]

3) les Extraits de V Emile (1762) ; [H.]

4) les Extraits du Contrat social {i'^^ 2). [L.]

cl) Vous rappellerez quel est le sujet de chaque ouvrage.

6) Vous montrerez qu'il a été traité par des écrivains classiques sans que leur personne ait tenu la moindre place dans leurs œuvres.

c) Vous ferez voir, au contraire, que, repris par J.-J. Rousseau, le même sujet n'est pour lui qu'un prétexte à étaler ce « moi » naguère si haïssable. D'un sujet qui fut classique il tire une œuvre romantique.

II. — Rappeler le caractère de ses œuvres posthumes, et apprendre par cœur le début des Confessions.

Cette partie de la classe sera improvisée.

COMPTE RENDU DE LA CLASSE

I. — La personnalité de Rousseau; son importance dans les œuvres publiées de son vivant.

(Réflexions de quatre élèves,)

I. Les deux Discours (1750 et 1755). La Lettre à d'Aîembert (1768).

J. rappelle que la question du théâtre avait été traitée par Bossuet dans sa Lettre au Père Caffaro et dans son Traite sur la Comédie. Quoique la personne du prêtre s'y devine à chaque page, ce n'est pourtant pas elle qui attira l'attention ; son traité n'est pas une apologie de son caractère, mais un exposé de la doctrine catholique appuyée sur les textes des Pères de l'Église. — Dans la Lettre à d'Alemhert, Rousseau confond sa propre cause avec celle de la morale outragée ; c'est son pays, sa morale, presque sa personne qu'il défend ; lorsqu'il insiste sur le Misanthrope^ il prononce « Alceste » et nous entendons « Jean- Jacques » ; il ne cite pas des textes comme Bossuet ; il raisonne, il maudit, il fulmine en son propre nom ; et il ne s'appuie pas sur une autre autorité que la sienne.

Le premier Discours, tel que l'Académie de Dijon l'avait proposé, pouvait être traité d'une manière tout historique, tout impersonnelle. « Le rétablissement des sciences et des arts, demandait-elle, a-t-il contribué à épurer les mœurs ? » C'est-à-dire : « La Renaissance nous a-t-elle améliorés ? La civilisation actuelle l'emporte-t-elle sur celle du moyen âge ou lui est-elle inférieure ?» — Rousseau commence, en effet, par traiter consciencieusement le vrai sujet : « L'Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges... Ce fut le stupide Musulman, ce fut l'éternel fléau des Lettres qui les fit renaître parmi nous... » et il rappelle les principaux caractères de la Renaissance française. Mais où eût été la personne de Jean-Jacques dans

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une dissertation d'histoire ? Vite il abandonne cette manière banale, classique, et il se lance à corps perdu dans les déclamations que l'on connaît. — Dans le second Discours (fort d'un premier succès!) il déclare dès le début qu'il va « écarter tous les faits »! — <« Voilà qui est rassurant », observe M. J. Lemaître ; voilà tout au moins, ajoute notre élève, qui nous renseigne parfaitement sur la méthode de Rousseau : cette méthode est impressionniste au premier chef. Jean-Jacques tire tous ses développements de ses émotions personnelles. C'est dans son cœur qu'il entend la Nature condamner l'inégalité. Les hymnes qu'elle lui inspire méritent tous les éloges ; ils sont d'admirables poèmes, aux descriptions éclatantes, aux émouvantes prosopopées ; mais ils n'ont rien de commun avec une œuvre d'histoire. La personne de Lamartine ne tiendra pas plus de place dans les Méditations que celle de Rousseau dans les deux Discours. Ce sont des 'pièces lyriques en prose : les premières odes romantiques.

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