‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 284 sur 443 · LA SAGESSE DE TURGOT ^QS · texte numérisé non relu

LA SAGESSE DE TURGOT ^QS

ot ils voudraient surtout voir les mêmes matières autrement réparties entre toutes les classes, (i) Nous n'avons, malheureusement, ni la loisir ni la compétence nécessaire pour étendre à la méthode scientifique ïios réflexions relatives à la méthode littéraire. Contentons-nous de marquer la place de ce sérieux entretien, et de noter une fois de plus les rapports étroits qu'on aperçoit chaque jour entre tous les enseignfments.]

Après avoir admis les excuses légitimes et subi les autres, nous avons donné lecture de deux copies moyennes, dont voici les deux premières pages, mélangées et allégées :

De Ferney, ce 25 mai 1776.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, la stupeur dans laquelle m'a plongé l'annonce de voire démission. La France aurait été trop heureuse si vous eussiez pu accomplir toutes les réformes que vous projetiez ; plus que cent batailles gagnées, elles auraient à jamais illustré le règne d'un successeur de Louis le Grand... Hélas! tout cela n'est plus qu'un rêve éteint ! La routine, la jalousie, les cabales ont repris leur souverain empire; le roi se voit contraint d'avouer que, sauf luimême et son ministre, personne n'aime le peuple ; les philosophes, qui se flattent d'aimer à la fois le roi, son ministre et le peuple, n'ont plus qu'à lever vers le ciel des bras désespérés !

(i) Ces élèves, qui dans le i*"" Cycle ont tous appartenu à la Section A. souhaiteraient qu'on leur enseignât plutôt, pour la Physique : la Pesanteur et la Chaleur dès la Troisième A, l'Optique et l'Acoustique en Seconde G. l'Electricité en Première G ; on continuerait à n'étudier qu'en Mathématiques la partie relative aux mouvements vibratoires.

Ils voudraient, pour les Mathématiques, un travail un peu plus sérieux ea Quatrième et en Troisième A, moins intense en Seconde et en Première G ; |Certaines questions difficiles seraient gardées pour Ips classes préparatoire* i aux Écoles. Tout le monde n'est pas destiné à l'École Polytechnique... En revanche, tout le monde doit faire des études régulières, harmonieuses, où l'enseignement littéraire et l'enseignement scientifique soient juxtaposés, non superposés... L'esprit est a un ».

« Ce n'est pas, m'ont redit plusieurs fois, unanimement, les élèves, que les matières enseignées (sauf certaines choses qu'il faudrait réserver pour l'avenir) nous paraissent trop difficiles : non ; mais on nous en donne trop là la fois. » — Et il y avait quelque chose de touchant dans cette sincérité parfaite, que traduisaient les attitudes, les regards, le ton modéré mais convaincu des affirmations répétées : « Oui, c'est cela, c'est bien cela... Noos en avons \ trop d la fois / » — J 'entendais là vraiment la voix de la jeunesse.

Comme ils sont loin, cher Monsieur, les jours de généreux espoir oii nous échangions, ici même, nos réflexions et nos projets I Vous étiez fort jeune alors, mais on sentait en vous déjà un jugement ferme et sûr, une énergie invincible ; et moi (jui n'étais plus jeune, moi qui croyais avoir fait plus ou moins le tour de toute chose, j'entrevoyais H vous entendre une foule d'idées nouvelles, bienfaisantes, fécondes, fort capables d'adoucir les maux de l'humanité... Peu de temps après vous prouviez aux ministres, d'abord indifférents, puis étonnés, puis jaloux, la solidité de vos doctrines. Chaque année, on pourrait dire chaque mois apportait à la Généralité de Limoges la suppression d'un abus, la réforme d'un règlement imparfait, la création d'une richesse nouvelle, une répartition plus équitable dés richesses existantes. L'introduction de la pomme de terre, la multiplication des routes, les facilités exceptionnelles accordées à la circulation des grains ont montré le jugement de l'économiste ; les sages mesures relatives à la taille et aux autres impôts ont fait voir l'équité de l'administrateur ; tout le monde s'est accordé à saluer dans l'intendant d'une seule province l'homme d'État destiné, sous un roi instruit de son devoir, à régénérer la monarchie tout entière.

Ce roi s'est un jour rencontré ; ce monarque pénétré de compassion pour son peuple et d'amour pour la justice est monté sur le trône au milieu des cris d'allégresse, et son premier soin fut d'appeler au Contrôle Général celui-là même que l'opinion désignait pour l'occuper... Certes, il aurait mieux valu, si vous n'aviez consulté que votre tranquillité personnelle, demeurer dans cette province dont vous étiez le bienfaiteur ; mais l'intérêt de la France était que vous prissiez le ministère, et vous avez fait passer l'intérêt de la France avant le vôtre.. . La position n'avait rien d'enviable. L'abbé Terray vous laissait un héritage des plus lourds, et vous ne sentiez autour de vous, pour vous aider dans votre tâche, que de sourdes mauvaises volontés. Courageusement, généreusement, vous vous êtes mis à la besogne ; vous avez fait pendant deux ans tout le bien qu'il vous était possible de faire. Chacune de vos réformes s'inspira du principe sacré de la liberté de l'homme et de son droit au travail. « Dieu, disiez-vous, en donnant à l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tous les hommes, et cette propriété est la première et la plus imprescriptible de toutes .»...,

G. et J. H.

Ici, malheureusement, s'arrêtent, ou à peu près, les deux copies. Les faits qu'elles énumèrent ensuite sont à la fois incomplets et désordonnés : les édits sur la circula-

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