‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 319 sur 443 · Artistes et savants · texte numérisé non relu

Artistes et savants

Nous ne sommes pas beaucoup plus heureux avec les idéalistes. Eux aussi, ils voient le sujet, mais ils ne possèdent ni les connaissances, ni la méthode nécessaires pour le traiter. Ils n'ont rien lu, rien retenu. Voici par exemple E. (i), un artiste! Il dessine aussi bien que

(i) Élève de la section D.

X. parle l'anglais ; il aime l'art, le dessin, les vieux monuments. Bref, il mérite, — nous pouvons le dire, en son absence, — le compliment d'Horace à TibuUe :

Non tu corpus eras sine pectore!

« Certaines lectures, ajoute-t-il, ont développé chez lui ce goût naturel... » De mieux en mieux; nous n'avons plus qu'à entendre l'indication desdites lectures... Voici, en efiPet, les biographies des grands hommes de la Renaissance, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo... « Il a, dit-il, commenté ces ouvrages le crayon à la main »... 11 devient tout à fait intéressant... Et c'est à ce moment qu'il tourne court. Il n'a guère appris à traduire sa pensée par le langage, et comme il ne peut pas nous parler des choses avec son crayon, il s'arrête au plus bel endroit. Il ne sait pas insister sur une idée, l'isoler des autres et l'exposer en détail. Il répète cinq ou six fois la même formule vide, au lieu d'accumuler des exemples à l'appui de ses thèses favorites... 11 sent; il ne rend pas. 11 pourrait, au moins, nous tracer, comme l'a fait de V. pour l'analyse d'Andromaque, une image d'Epinal avec légendes : « Les lectures d'un jeune artiste ! » Il n'ose pas, sans doute ! Et, sous la forme régulière, il reste désespérément sec et insignifiant, car lui aussi, ce garçon original et sincère... (c'est notre leitmotiv) manque d'éducation littéraire !

En voulez-vous d'autres? Voici L., notre premier en mathématiques, également passionné pour les études qu'il aime. Nous le voyons, après les classes, pérorer au tableau, tandis que plusieurs d'entre vous, pas toujours par un amour désintéressé de la science, prennent hâtivement des notes en vue du devoir de la semaine... C'est un vrai « scientifique ». Il le déclare; il n'a pas tort : « Les livres que je lis avec passion (sic) sont ceux du docteur Le Bon. » Vous croyez peut-être qu'il va nous en rendre compte ? Pas du tout. C'est à la dernière ligne qu'il nous fait cette déclaration brûlante, après avoir raconté de froides balivernes, auxquelles il ne croit pas, sur Pascal et Hugo...

Comment, mon pauvre ami, ayant à votre disposition de tels éléments... ?

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