Les hommes politiques
Les lectures politiques sont-elles, à défaut d'autres, utiles à de tout jeunes gens? J'en doute, et crois avoir pour moi l'unanimité de vos familles. De tels goûts sont prématurés. Admettons-les pourtant, à titre d'exception : j'admets tout, j'accepte tout, lorsque j'ai l'espoir de recueillir un jugement sincère, une confidence personnelle... Malheureusement, rien n'est moins personnel et rien n'est moins sincère que les déclamations creuses empruntées par le pauvre Z. à quelques journaux violents, sa pâture quotidienne.
Assurance superficielle, dis-je à cet orateur de club... Vous abordez, par exemple, les plus graves questions de politique étrangère. Mai»
VOUS n'en connaissez pas le premier mot, tout lecteur de Barres que vous vous déclariez. Vous indiquez à peine un ou deux éléments des redoutables probb'mes que les hommes les plus graves hésitent à résoudre. Vous affirmez, quand ils doutent. Il est vrai qu'aucun obstacle, aucun fait ne vous arrête : vous n'en citez pas un seul. Votre devoir n'est même pas de la feuille de chou de sous-préfecture... Beaucoup trop d'assurance, et peu de réflexion. Le contraire me plairait.
Encore Z. a-t-il choisi, pour en citer le titre (le titre seulement!), des livres sérieux, bien écrits... Mais dans une autre copie, l'élève n'a même pas abrité derrière ce paravent sa nullité prétentieuse :
Précieux reflet, dit la note, de vos conversations et de vos pensées. Tous battez votre coulpe sur le dos des autres, des sociaUstes, de la France, de la démocratie « mal comprise « (c'est-à-dire comprise autrement que par vous)... Procédé très commode et très répandu. Combien il serait plus simple de me dire de quels défauts vous vous êtes corrigé, quelles résolutions vous avez prises (pas des résolutions politiques I non I des résolutions de bon élève, de bon fils ou de bon camarade), quelles bonnes actions vous avez faites, inspiré par vos lectures. Vous trouvez vos principes excellents pour la réforme des autres ; parlez-nous de l'influence qu'ils peuvent avoir sur la vôtre... Voilà le sujet 1 — Malheureusement, ce sujet n'est pas du tout à la mode, et l'on parle plus volontiers de ses droits que de ses devoirs.