‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 323 sur 443 · Un dilettante · texte numérisé non relu

Un dilettante

Je ne signale que pour mémoire le paradoxe de de M., qui déclare que les meilleurs livres sont les plus inutiles. Non seulement il préfère les poètes aux prosateurs, mais il aime, parmi les poètes, ceux qui ont le moins d'idées ! Son =auteurpréféré est Théophile Gautier; et dans Théophile Gautier sa pièce de prédilection est celle qui l'éblouit le mieux isans lui donner à penser: la Symphonie en blanc majeur. Il aime Rostand, surtout dans Chanteclerf à cause de son extraordinaire fécondité verbale ; il n'en dédaigne pas même les plus afQigeants calembours. Enfin, il fait son dieu de Leconte de Lisle (quoique le nihilisme navrant du poète soit juste le contraire de ses convictions), parce que ce cruel démolisseur de croyances est un merveilleux ouvrier en vers... Le devoir est assez élégant, dans son impertinence railleuse; mais il ne nous présente guère qu'un paradoxe habilement soutenu : à peu près le contraire de ce que je demandais.

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