Valeur de ce terme
Ce mot, comme presque tous ceux qui désignent des idées nouvelles, a pris d'abord un sens négatif. Le romantisme était surtout la négation du classicisme. Phénomène aussi fréquent que naturel ! Nous connaissons les choses que nous avons sous les yeux, et nous savons fort bien que nous n'en voulons plus ; l'avenir, au contraire, est toujours nébuleux, et pas plus dans les lettres que dans la politique, nous n'arrivons à définir aussi exactement la cité future. « Le moi se pose en s'opposant », disait Fichte. L'avenir se dessine en s'opposant au passé ; le romantisme a su d'abord qu'il différerait en tout de l'âge précédent ; les hommes de la Constituante ont défini leurs principes par opposition aux abus de l'Ancien Régime ; on trouve la forme nouvelle en brisant la forme précédente.
Bien plus ! L'esprit humain est tellement timide, il procède si bien, comme la nature, par tâtonnements incertains, qu'il aime à se rattacher toujours et malgré tout au passé. Rompant avec le passé d'hier, il cherche volontiers
]un ancêtre dans le passé d'avant-hier. De là le second caractère du romantisme naissant. De même que les Constituants, pour briser les abus de la Monarchie, prétendaient revenir aux vieilles « franchises » du moyen âge, de même 'M°^^ de Staël, pour rompre avec les conventions imposées par la Renaissance, croit se rattacher aux « traditions chevaleresques » et au pur christianisme. Et ceci égalemant répond à un instinct de la nature. On a comparé la marche de l'humanité à une spirale ascendante, chaque spire la faisant repasser par un cercle un peu plus grand mais parallèle au cercle déjà parcouru... Nil novi sub sole ! Tout recommence ! Il n'est pas une idée qui n'ait été annoncée dans le passé, pas un progrès que n'aient entrevu nos p'res...
De là le double sens du mot « romantisme » dans M™* de Staël : roman, c'est-à-dire contraire à la règle classique du xvii« siècle ; roman, c'est-à-dire qui revient aux traditions romanes du christianisme sans mélange.
Nous verrons quelles nouvelles nuances y ajouteront les romantiques de la génération suivante, à mesure qu'ils prendront conscience de leur force et de leur talent.
2« Note : Les premiers sentiments romantiques chez un adolescent, de 1800 à 1805.
Texte de Lamartine : Préface des Méditations, écrite en i8Z,9-