I. RÉFLEXIONS ET CAUSERIE 3. APPLICATION A UN SUJET DE BACCALAURÉAT
SOMMAIRE
1" travail.
Réponses écrites aux questions suivantes :
1 . Avez-vous lu les Méditations ? De vous-mêmes ? Sur quels conseils ? A quel âge ? Les avez-vous relues ? Habituellement ?
2. Quels sont, parmi vos idées ou vos sentiments habituels, ceux que vous avez le plaisir d'y retrouver ?
3. Quels sont ceux, au contraire, qui, habituels à Lamartine, vous choquent, vous ennuient ou, d'une manière quelconque, ne vous paraissent pas correspondre aux vôtres ?
2^ travail.
(A ne faire qu'après le précédent.)
I. Analyser le chapitre de M. Faguet sur Lamartine dans son XIX' siècle.
a. Chercher, avec l'aide de ce critique, comment nous pouvons définir d'un mot l'originalité de Lamartine.
JUGEMENT DES ÉLÈVES SUR LAMARTINE SqS
COMPTE RENDU DE LA CLASSE
On dit que Lamartine redevient à la mode. Je n'oserais pas l'affirmer d'après vos réponses !
Une grande partie d'entre vous (près de la moitié) ne l'avaient jamais lu. Parmi ceux qui le connaissaient, la plupart n'en ont vu que de courts extraits. Enfin, ceux-là même qui, soit pour obéir à leur professeur de Troisième, soit par curiosité, soit par désœuvrement, ont lu d'un bout à l'autre les Méditations, n'en parlent pas avec cet accent d'enthousiasme ou de sympathie qui ne laisse aucun doute sur la sincérité de l'émotion. J'ai connu des « Lamartiniens ». A une exception près, ce n'étaient pas des jeunes gens. Les plus convaincus étaient deux instituteurs, âgés de quarante à cinquante ans : Bourguignons, voisins de cette propriété de Montculot où Lamartine écrivit les Étoiles, ils faisaient chacun plusieurs lieues, accompagnés de leur famille, pour se retrouver au bord de l'étang, sous les tilleuls centenaires décrits par le poète ; et là, ils relisaient à haute voix les Méditations... Je crois bien que, si l'on veut trouver des amis « du premier degré », de vrais amis du noble poète, c'est plutôt chez des hommes mûrs, comme ceux-là, d'habitudes modestes et de vie retirée, qu'on a chance de les rencontrer. Une longue expérience les a formés, avertis ; mais leur âme a gardé, dans une existence simple, solitaire et rustique, toute sa fraîcheur
impression : ils ont vécu sans vieillir ; aujourd'hui encore, ils sont restés jeunes sous leurs cheveux gris... Or ce mélange d'expérience et de bonté, d'intelligence très avisée et de sensibilité très pure, est précisément ce qui fait l'originalité de Lamartine. « J'étais né, dit-il, sérieux et tendre. » Nous le voyons définir en termes analogues par un écrivain connu par sa sévérité pour les romantiques. Le chantre d'Elvire désarme sa critique. « En lui je crois sentir, avouet-il(i), le grand et serein naturel des classiques. » Il l'ap-
(i) P. Lassebre, Le Bomaniisme Français.
Bezard. — Méth. 38
pelle une ce âme de lumière », « fidèle reflet des choses », « transparent (l'expression est de Lamartine lui-même) à toute la beauté éparse dans les œuvres de Dieu ». 11 le déclare, avec raison, le poète idéaliste par excellence ; il voit l'originalité de sa poésie dans la «rare noblesse de (l'inspiration ».
Je ne dis pas, bien entendu, que vous soyez incapables de vous élever à ces hauteurs ! Je crois que beaucoup d'entre vous se calomnient quand ils avouent n'éprouver^ que de l'estime pour notre grand élégiaque. Mais il est^ certain que vous êtes un peu jeunes pour le goûter pleinement. Un jour viendra où vous le trouverez moins « ba-^ nal » dans les sujets, moins « vague » dans les sentiments... moins « i83o » enfin (l'un de vous l'a écrit!) dans la philosophie.