JUGEMENT DES ELEVES SUR LAMARTINE ÔQQ
bien aperçu le côté triste des choses ; il a avoué une fois, une seule, ce que Leconte de Lisle répétera toute sa vie,, et ce jour-là son éloquence ne l'a pas mal inspiré... B. — Le Désespoir !
— Vous l'avez dit.
de B. — Il a regretté cette pièce...
de M. — Il l'a modifiée; elle lui a inspiré des scrupules religieux.
— Je vois que vous avez lu le « Commentaire»... Pourtant, ne le croyez pas trop sur parole. 11 prétend avoir, supprimé des strophes où l'invective montait jusqu'au sacrilège. Je suppose qu'elles étaient moins gâtées par l'im-i piété que par la déclamation. Un poète ne supprime jamais de beaux vers, fût-ce sur l'ordre de son confesseur! Il en garde toujours au moins une copie! Soyez sûrs qu'il n'aurait jamais effacé ceux-ci :
[Lecture des strophes du Désespoir, — du début à : « Hélas I ainsi que vous... » — de: a Quel climat... » à: «Du jour... » — la dernière strophe.]
Pourtant, Lamartine est une âme trop tendre pour se résigner à l'éternelle douleur. Gomme le spectacle des: choses ne lui donne pas, à son gré, la solution du grand' mystère, il redescend en lui-même, il interroge son cœur, il écoute le sentiment... Et c'est le sujet de l'Isolement. II a éprouvé une grande douleur, et la nature lui apparaît froide et vide :
Un seul être lui manque, et tout est dépeuplé I
Mais son cœur l'assure que sa douleur sera consolée dans un autre séjour, et il comprend enfin le sens de l'Univers.
[Lecture de ^'Isolement .]
Quel aspect différent vont prendre aux yeux du poète inspiré la nature et l'humanité, vous le voyez surtout dans trois pièces que nous n'avons pas le temps de commenter, mais que nous pouvons lire en partie.
Dans Tune, le Crucifix, il rappelle les consolations religieuses qui aident à supporter les horreurs de la mort :
A cette heure douteuse où l'âme recueillie, Se cachant sous le voile épaissi sur nos yeux, Hors de nos sens glacés pas à pas se replie, Sourde aux derniers adieux...
Et il s'adresse à Celui qui, pour tant d'âmes religieuses, a pu seul adoucir « l'horreur de cet étroit passage »,
Quand des chants, des sanglots la confuse harmonie N'éveille déjà plus notre esprit endormi, Aux lèvres du mourant collé dans l'agonie Gomme un dernier ami.
Dans les deux autres, V Immortalité et les Étoiles, il se retourne vers cette nature en apparence insensible, et il exprime sa confiance dans la sagesse du Créateur :
Les ombres, à longs plis descendant des montagnes Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes j Mais bientôt, s'avançant sans éclat et sans bruit, Le chœur mystérieux des astres de la nuit, Nous rendant les objets voilés à notre vue, De ses molles lueurs revotait l'étendue. — ... Dieu caché, disais-tu, la nature est ton temple 1 L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple...
Il la découvre surtout à l'heure, à 1' « heure sainte » où, le crépuscule prolongeant ses adieux,
On voit à l'horizon sa lueur incertaine,
Comme les bords flottants d'une robe qui traîne,
Balayer lentement le firmament obscur.
Et jamais peut-être, depuis Platon, un poète n'a su avec cette harmonie traduire dans le langage des sens la philosophie de l'invisible... Il est permis de ne pas adopter toutes ses idées ; il est difficile de ne pas partager au moins son trouble en présence du mystère, de ne pas admirer la noblesse avec laquelle il écarte ce qu'il ne veut pas voir... Les passions humaines, pour lui.
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s'idéalisaient à mesure que s'éloignaient dans le passé les sensations trop précises ; il savait la puissance du temps, et quelle poésie les années prêtent aux choses à jamais disparues ; il savait nous placer à ces moments de rêve où nous voyons la vie
... à travers un nuage S'évanouir pour nous dans l'ombre du passé.
Il sait également les effets de l'éloignement dans l'espace. Il recule jusqu'à l'infini le mystère effrayant des choses, et le tableau de la nature, vaguement estompé dans le clair-obscur par une nuit étoilée, devient le livre par excellence « des contemplateurs et des poètes ».
Comment il faudrait utiliser ces idées générales et ces textes pour traiter un sujet de baccalauréat.
Si vous saviez par cœur les passages que nous venons de lire ou d'analyser, si vous les aviez appris dans cet ordre, en les rattachant à ces idées générales, non seulement vous commenceriez dès maintenant à comprendre Lamartine, mais (ce qui vous touchera peut-être davantage) vous seriez en état de traiter n'importe quel sujet relatif à cet auteur. — Nous allons faire passer dans la classe une dissertation composée jadis par vos prédécesseurs sur le sujet suivant, et recopiée par l'un d'eux avec beaucoup de soin :
Quelles sont les causes du succès des « Méditations » de Lamartine en 1820?
Vous verrez que le plan et les textes sont les mêmes que dans notre explication.
Préambule — rappelant les faits.
5 éditions dans l'année 1820 — avant la publication, succès des lectures dans les salons — mot de Talleyrand : « Un poète nous est né cette nuit » — enthousiasme de Villemain — le salon de M"»e de Saintp-Aulaire — Lamartine nommé par Pasquier attaché d'ambassade à Naples — Succès comparable à celui du Cid et d' Andromaque , parce
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que l'auteur répondait exactement aux vœux confus du public — il les lui révélait à lui-même.
I. — Le principe de la poésie nouvelle : l'expression des $entimenls personnels^ très simples mais très sincères.
A. — Insuffisance de cette poésie au xviiie siïcle.
— ce que nous avons dit des lyriques, de l'abbé Delille et de l'épuisement du genre classique (p. 525).
— le joli tableau tracé par Lamartine : le dernier poète classique (p. 56i).
B. — Les sujets nouveaux, et Vinspiration de Lamartine, Notre dialogue sur les sujets (p. Sg^i).
IL — L'expression dans Lamartine.