JUGEMENT DES ÉLÈVES SUR LAMARTINE
C'en est fait, disais-je en moi-même : ces temps, ces temps heureux ne sont plusj ils ont disparu pour jamais.
[Nous étudions ensuite le texte du Lac et celui de l'Isolement : I o Z« paysage dans les deux pièces — série de traits notés par différents élèves;
2° le sentiment — comment le chagrin s'adoucit à mesure que nous avançons — comment il se confond avec des idées plus consolantes, la résignation à la fuite éternelle des choses dans le Lac, l'espoir de l'immortalité dans V Isolement.]
B. — Ce genre de consolation est plus philosophique que sentimental...
— Aussi est-ce là un troisième point que je veux vous signaler, et le plus important des trois : Lamartine est peut-être le plus naturellement philosophe de nos poètes.
III. — Pourquoi vous apprécierez la beauté de sa pîiilosophie.
L'importance de cette remarque n'a pas échappé à ceux d'entre vous qui ont lu avec un peu de soin les Méditations. Vous avez tous écrit : « La poésie de Lamartine est surtout une poésie religieuse; qu'il nous parle de l'humanité, qu'il nous parle de la nature, toujours (sauf une fois, dans le Désespoir) il exprime sa confiance dans la Providence et dans l'immortalité de l'âme. » — Les uns ajoutent : « C'est la seule chose que j'aime en lui » ; d'autres ne lui font même pas grâce sur ce point et trouvent ce spiritualisme tout à fait insuffisant... « i83o », dit de M., qui le voudrait plus précis dans ses affirmations ; « romantique », déclare L., qui, en vrai disciple deTaine et de Leconte de Lisle, « trouve la nature plus grande encore quand on la •considère comme impassible et indifférente à l'homme ». Et je crois bien que nous avons là l'écho des deux opinions extrêmes actuellement répandues : Lamartine est trop religieux pour les uns, et pas assez pour les autres... Reste à le considérer comme un simple philosophe, et c'est ce que vous n'avez pas assez fait, ce que vous ferez certainement mieux plus tard.
Philosophe devant la mort, il ne se résigne pas à tout
ÔgS DU ROMANTISME AU RÉALISME
ignorer, il ne croit pas irréparable la perte de ceux qu'il aime, et il invoque dans son cœur ces raisons persuasives que la raison ne connaît pas...
[Analyse du Crucifix.]
Philosophe devant la nature, il rend comme aucun poète peut-être n'avait su le faire avant lui, l'émotion religieuse de l'homme devant le mystère des choses ; il fait encore appel au cœur pour deviner la loi suprême et croire que l'Intelligence souveraine est aussi la souveraine Bonté...
Quelle que soit votre tendance personnelle, il vous force à réfléchir; il vous fait sentir la grandeur du mystère.
Lamartine est naturellement, sereinement idéaliste. Il se dégage sans effort du monde des sensations"; il contemple les idées pures ; il parle la langue du divin Platon. Lisez-nous, B., le Vallon, et vous verrez combien facilement s'opère ce passage de l'image au sentiment, et du sentiment à l'idée, comme il secoue lentement « la poussière de ses pieds », comme il respire bien
au bout de la carrière Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.
[Lecture du Vallon.]
Et il s'envole, sans plus de peine, de la terre au ciel, de cette terre noyée dans la brume du soir vers ce firmament où les étoiles s'allument, une à une, dans l'obscurité. On a remarqué que les paysages qu'il peint le mieux sont ceux où l'on ne voit rien : le soir, l'ombre, la nuitl la nuit surtout!... Excellente manière de rappeler que le paysage n'est pour lui qu'un prétexte, un point de départ vite abandonné, que les aspects extérieurs de la nature importent peu s'ils n'en traduisent la réalité profonde, et qu'il cherche moins à peindre qu'à comprendre.
Or le monde des apparences n'est qu'une illusion décevante.
Maya, Maya, torrent des mobiles chimères 1
dira l'impassible poète cher à cet excellent L. Lamartine a