COMMENT IL FAUT LIRE UN POETE
C) En Troisième, c'est toute une moisson de textes, de jugements et de souvenirs que vous récoltez.
Vous ajoutez, par exemple, à l'Épopée:
— Napoléon II ;
— le Retour de V Empereur (i84o) :
Sire, vous reviendrez dans votre capitale Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur, Traîné par huit chevaux sous l'arche triomphale En habit d'empereur 1
Il n'est pas très facile de se procurer cette pièce, parce que Victor Hugo, devenu l'adversaire de l'Empire, a fait longtemps tous ses efforts pour la dissimuler. Elle ne fio-ure pas encore dans l'édition Hetzel. Des élèves curieux n'en auraient mis que plus d'empressement à prendre une note.
Vous pouviez même y joindre la parodie faite par le marquis de Belloy sur le retour du roi d'Yvetot, et dont voici quelques échantillons.
Lecture de la parodie :
Sire, vous re\dendrez sans tambour ni trompette, Sans tocsin, sans combat, dans cent ans au plus tôt. Traîné par un roussin sur une humble charrette. En simple paletot...
Vous ajoutiez, du moins, à la Satire quelques pièces des Châtiments :
— une chanson, comme Petit, petit ;
— trois strophes de l'admirable pièce de Lazare (le peu-
— une invective : Un bourgeois dans sa maison (dix ou quinze vers seulement), accompagnée d'une analyse sommaire ;
— un récit ironique : Un révolutionnaire (Jésus-Christ) (même procédé).
D) Enfin, aujourd'hui, en Première, je vous signale un passage de la pièce: 0 soldats de V An deux..., un hymne
aux drapeaux... Vous la connaissez?... Personne ne l'a lue?
de B. — Les Morceaux choisis ne donnent que le début de la pièce.
— Étrange proscription ! Écoutez plutôt :
O drapeaux du passé, si beaux dans les histoires, Drapeaux de tous nos preux et de toutes nos gloires,
Redoutés du fuyard, Percés, troués, criblés, sans peur et sans reproche, Vous qui dans vos lambeaux mêlez le sang de Hoche
Et le sang de Bayard 1
O vieux drapeaux, sortez des tombes, des abîmes ! Sortez en foule, ailés de vos haillons sublimes.
Drapeaux éblouissants 1 Gomme un sinistre essaim qui sur l'horizon monte. Sortez, venez, volez, sur toute celte honte
Accourez frémissants !
Délivrez nos soldats de ces bannières viles I
Vous qui chassiez les rois, vous qui preniez les villes,
Vous en qui l'âme croit.
Vous qui passiez les monts, les gouffres et les fleuves, Drapeaux sous qui l'on meurt, chassez ces aigles neuves,
Drapeaux sous qui l'on boit 1
Que nos tristes soldats fassent la différence î Montrez-leur ce que c'est que les drapeaux de France,
Montrez vos sacrés plis Qui flottaient sur le Rhin, sur la Meuse et la Sambre, Et faites, 6 drapeaux, auprès du Deux-Décembre
Frissonner Austerlitz.
Il est difficile de dire ce qu'il faut le plus admirer, du mouvement satirique ou du mouvement épique, dans ces strophes éclatantes... Mais rien ne nous oblige à conserver toujours les mêmes divisions ! A mesure que vous avancez dans vos études, les idées générales se lèvent, plus nombreuses, devant vous... aussi nombreuses que les sujets possibles de baccalauréat. Ces quatre strophes vous auraient suffi, par exemple, pour traiter le sujet de Rennes