LA COULEUR LOCALE DÉFINIE PAR FÉNELON ET EMPLOYÉE PAR AUGUSTIN THIERRY
[. — Les principes généraux établis par un précurseur.
Texte de Fénelon (Lettre à V Académie, ch. viii), à savoir par cœur :
Le point le plus nécessaire et le plus rare pour un historien, est qu'il sache exactement la forme du gouvernement et le détail des mœurs de la nation dont il écrit l'histoire pour chaque siècle. Un peintre qui ignore ce qu'on nomme il costume, ne peint rien avec vérité. Les peintres de l'école Lombarde, qui ont d'ailleurs si naïvement représenté la nature, ont manqué de science en ce point. Ils ont peint le Grand- Prêtre des Juifs comme un pape, et les Grecs de l'antiquité comme les hommes qu'ils voyaient en Lombardie. Il n'y aurait néanmoins rien de plus faux et de plus choquant que de peindre les Français du temps de Henri II avec des perruques et des cravates, ou de peindre les Français de notre temps avec des barbes et des fraises...
Notre nation ne doit point être peinte d'une façon uniforme. Elle a eu des changements continuels. Un historien qui représentera Glovis environné d'une cour polie, galante et magnifique, aura beau être vrai dans les faits particuliers ; il sera faux pour le fait principal des mœurs de toute la nation. Les Francs n'étaient alors qu'une troupe errante et farouche, presque sans lois et sans police, qui ne faisait que des ravages et des invasions. Il ne faut pas confondre les Gaulois polis par les Romains avec ces Francs si barbares. Il faut laisser voir un rayon de politesse naissante sous l'empire de Charlemagne ; mais elle doit s'évanouir d'abord. La prompte chute de sa maison replongea l'Europe dans une affreuse barbarie. Saint Louis fut un prodige de raison et de vertu dans un siècle de fer
I . L'art de faire revivre Vaspect matériel d'une époque par des détails empruntés à l'architecture, au costume, aux mille circonstances de la vie.
a) Erreurs citées par Fénelon : les Noces de Cana de Paul Véronèse.
fc) Exemple donné par lui de ce qu'il convient de faire :
perruques et cravates au xvii^ siècle, barbes et fraises sous Henri II.
2. L'art plus difficile encore de ressusciter l'âme des hommes, de connaître ce que Fénelon appelle « les mœurs », c'est-à-dire les sentiments vrais éprouvés par nos ancêtres.
a) Erreur rappelée par Fénelon : la cour galante et magnifique de Glovis... L'abbé Velly, en 1765, et Anquetil, en i8o5, retarderont sur l'auteur delà Lettre à l'Académie.
6) Exemples de ce qu'il faut faire : — la troupe farouche des Francs — la politesse gallo-romaine — la renaissance sous Gharlemagne — la barbarie du x® siècle — le xiii° siècle lui-même est un siècle de fer!
On croirait lire, dès 1716, les Lettres sar Vhistoire de France (1820-1828) d'Augustin Thierry. (V. le texte: Sur la fausse couleur donnée aux premiers temps de Vhistoire de France, Extraits, p. 38.)
IL — ' Application de ces principes par Augustin Thierry.
Voir, dans la description de la villa royale de Braine, comment l'historien nous fait connaître Vélat social par l'observation judicieuse de Vhabitation du roi Clother.
Première page (p. 65), de : « A quelques lieues de Soissons... » à : a ... dont nous admirons encore les restes. »
Deux sortes d'images ;
A. — Les unes sont indiquées par des mois modernes, mais choisis parmi les termes assez simples pour s'appliquer à une époque barbare :
— Les choses :
— une immense ferme,
— n'ayant pas l'aspect militaire des châteaux du moyen âge ;
— vastes bâtiments d'exploitation agricole: haras, étables, bergeries, granges (Précision dans les détails concrets) ; — ■ portiques d'architecture romaine.