JUGEMENT DES ELEVES SUR LE ROMAN 7OI
au souvenir d'un fort mal de tête. Je ne le quittais guère que pour manger, vite et mal. Je voulais savoir la suite.
— Moi, dit un autre, j'évitais le mal de tête, mais en passant les descriptions, les considérations scientifiques, tout ce qui m'empêchait d'arriver rapidement au but.
— Et moi, déclare un troisième, je commençais par regarder la fin.
— Oui, oui, c'est bien cela, appuie la majorité ! » — Et l'on rappelle les titres sensationnels, les images criardes, les affiches énormes, le Mystère de la Chambre jaune, le Parfum de la Dame en noir, le Crime de Grammery-Park, le Fantôme de VOpéra, les Possédées de Paris... 11 est certain que tous, plus ou moins, nous obéissons à cette forme inférieure de la curiosité qui nous presse de connaître un résultat, quel qu'il soit ; pourvu qu'il y ait une énigme, un rébus à débrouiller, l'auteur nous intéresse par son ingéniosité à des choses en elles-mêmes fort peu intéressantes. M. Jules Lemaître a été très sévère pour ces innocentes distractions : « Après cela, dit-il dans son réquisitoire connu contre M. Georges Ohnet, que le romancier compose assez bien ses récits, qu'il en dispose habilement le& différentes parties et que les principales scènes y soient bien vues, cela nous devient presque égal... » — Les élèves n'éprouvent à aucun degré les scrupules du critique; ils ne rougissent nullement de partager, sur ce point, le goût de lecteurs moins instruits ; tout ne leur paraît pas à dédaigner dans le roman chez la portière, et le récit de simples aventures, même dénué de psychologie, trouve en eux des amateurs convaincus.