DEUX DEVOIRS SLR PASCAL
L' infiniment petit :
— un ciron — son organisation.
— il y voit un univers.
(c car enfin. . . qu'est-ce qu'un homme dans la nature ? » « connaissons donc notre portée, »
Faiblesse de nos sens et de notre organisation.
Grandeur de rhomme.
Pensées plus courtes, mais frappantes dans leur brièveté :
— la pensée est le tout de l'homme (a).
— la conscience même de sa misère (3) — misères de grand seigneur, misères de roi dépossédé.
— le prix que nous attachons au jugement de l'homme — le besoin d'estime — l'amour de la gloire (5 et 5**'*).
— notre dignité consiste en la pensée — le roseau pensant, plus noble que l'univers qui l'écrase.
Il faudrait encore jeter les yeux sur l'article III de l'éd. Havet (la grandeur et la faiblesse de l'imagination), une merveille. Nous pourrons au moins y penser. Mais ne pensons pas à trop de choses. Bornons-nous! Vous surtout, B., bornez-vous; car je vois que vous êtes, vous aussi, comme S' Augustin : « Vous aimez à aimer. » Vous vous complaisez dans votre défaut. Vous ne pouvez pas vous résoudre à la brièveté. Et vous n'êtes pas le seul, ni même le plus égaré, puisque je vais vous présenter tout à l'heure le devoir de cet excellent A., long de quatorze pages! Quatorze pages ! Quelle faconde !... En attendant, revenons à vous, B., et à votre Janséniste. Qu'est-ce qu'il disait, le [ bonhomme?... Il était efirayé de se voir à la fois si grand , et si petit... Et moi, je serais effrayé de lui voir dépasser une page en rédigeant son paragraphe sur ce point. Il doit se contenter de laisser voir qu'il a lu, et bien lu, l'article I. B. — Là est justement toute la question! Et peut-il résoudre une telle difficulté ? Dire tant de choses en une page ou une page et demie !
— S'il le peut?... Essayons ensemble. Écrivez!
Si grand et si petit, disions-nous... L'homme perdu dans la nature, l'homme devant l'infiniment grand, devant Tinfiniment petit, inca-
pable de distinguer les éléments de la matière, impuissant à s'orienter iau milieu de cette sphère immense dont le centre est partout et la circonférence nulle parti Quel début pour l'oeuvre sublime! Quel peintre nous a jamais placés devant un pareil spectacle ? La tête me tourne à voir le monde décrit par ce savant, à me perdre avec lui dans le silence éternel des espaces infinis, à chercher de mes mains tremblantes et de mes yeux éblouis la limite de ces mondes prolongés par d'autres mondes, et dont l'imagination ne saurait épuiser la série. Et le ciron, et l'atome, et l'impitoyable analyse de l'infiniment petit, si fine, si délicate et si cruelle, après cet effrayant voyage dans les espaces éthérés. Et la critique de notre pauvre misérable nature 1 La faiblesse de notre jugement, les contrariétés de nos opinions, les caprices de notre imagination, si fourbe, si maîtresse d'erreur, et souvent proche de la folie ! Quel trouble ! Quel vertige î Quel épouvantement I — Mais aussi comme je lui sais gré de dissiper ces terreurs, de me rendre confiance en moi-même, et de me découvrir la grandeur de l'homme après sa petitesse ! Les belles, les profondes pensées sur la puissance de la raison humaine, la force de notre conscience, la noblesse de nos misères mêmes, misères de rois dépossédés î Roseau, oui, mais roseau pensant^ et plus noble, malgré tout, que l'univers qui l'écrase...
Voilà B. qui s'agite. Il compte les lignes et voit que la fin de la page approche. Il me guette... Non?... Si, si, « j'ai l'œil bon. Dieu merci ! » Mais vos craintes sont superflues, car je tiens parole et ne dépasserai pas la longueur convenable. Finissons :
... qui l'écrase I Incroyable mélange de force et de faiblesse, inexplicable énigme devant laquelle les plus sages sentent leur raison défaillir!... En vain l'on chercherait dans toute l'antiquité un philosophe ou un poète qui ait trouvé pour dépeindre notre nature des expressions aussi fortes ; et je ne crains pas de dire que Lucrèce, que Platon lui-même pâliront, dans l'avenir, auprès d'un pareil génie
Aussi bien...
(Je vous ferai remarquer, B., que le paragraphe est terminé. Mais j'ai droit à quelques lignes encore, pour coudn la seconde partie à la première.)
... Aussi bien, ces philosophes étaient moins capables d'expliquer la nature humaine que de la décrire ; tandis que M. Pascal