DEUX DEVOIRS SLR PASCAL
càt été plus original encore dans la seconde partie de son œuvre que dans la première. Comme il aurait achevé ici la défaite de l'orgueil humain, avec quelle autorité il aurait redit à notre pauvre science: «Humiliez-vous, raison impuissante...»
Et voilà notre couture faite ; notre démonstration également... Voyez-vous, mon ami, comment on peut être court et se contenter d'allusions tout en laissant voir que l'on sait plus de choses que l'on n'en dit? Mais, pour observer cette mesure, pour ne pas se perdre dans les détails, il faut être guidé par un principe sur lequel nous reviendrons souvent : ce principe est la parfaite convenance du ton au sujet. Lorsque vous savez vous mettre à la place du personnage, « entrer dans sa peau », comme on dit, lorsque vous éprouvez les mêmes émotions, que vous êtes séduits parles mêmes idées, vous insistez sans effort sur les choses intéressantes et vous négligez le reste... Etvoilj pourquoi je regrette que vous ne vous soyez pas montré, le moins du monde, janséniste !
Peu importe, d'ailleurs, le sentiment éprouvé, pourvu qu'on en éprouve un ! Aussi vous avais-je proposé ce devoir sous deux formes différentes. — Les mêmes idées devaient être présentées dans le même ordre par Madame de Sévigné envoyant le livre à M. de Coulanges. Mais Madame de Sévigné, malgré ses grandes sympathies pour S* Paul et ses interprètes, quoiqu'elle ait toujours dit beaucoup de bien d'Arnauld, et regretté de ne pouvoir mettre Nicole « en bouillon » pour mieux l'absorber, Madame de Sévigné est une mondaine, pleine de gaîté, fort amie du divertissement; et elle s'adresse à un autre mondain... Il fallait vous représenter l'émotion profonde, mais momentanée, de cette excellente femme, si prompte, si primesautière, et vous laisser entraîner par elle. Votre plume aurait couru, comme la sienne, « bride abattue », et vous aurait conduit au but rapidement, follement, bien avant que vous n'eussiez couvert les quatorze pages de ce pauvre A. ! Vous auriez évité ainsi les deux formes de l'anémie littéraire, si sensible dans vos copies : l'enflure et la sécheresse. Il y a des anémiques
soufflés; il y en a de squelettiques. Les uns et les autres manquent de force, comme vous manquez d'enthousiasme. — « Pas de sentiment; sécheresse et désordre », ai-je mis à ce bon P., avec la note 6. — « Ennuyeux ! Lent! aucune sincérité », dis-je à T. — « Ni émotion, ni gaîté, lisonsnous chez H. ; il est vrai que, par compensation, nous trouvons des fautes d'orthographe. » — J'en passe, et des plus froides. — Nous en avons pourtant d'assez agréables, dont les auteurs ont à peu près rencontré le ton convenable. Ils se sont représenté, non seulement la personne qu'ils faisaient écrire, mais celle qui devait recevoir la lettre... M. de Goulanges ! un aimable causeur, une tête à l'évent, toujours en voyage, toujours en l'air ! L'envoi du livre de Pascal à un pareil homme est presque une épigramme... Ils l'ont vu. Ils se sont rappelé pourtant que c'était un bon ami, un homme instruit, si cordial, si spirituel que tout le monde se l'arrachait... Et ils lui ont adressé un petit cours de morale moitié mondaine, moitié janséniste qui ne sent pas du tout sa pédante... Ce n'est pas mal. Ce sera mieux encore lorsqu'ils dégageront plus nettement les trois ou quatre idées sur lesquelles reposent les grands paragraphes et qu'ils les analyseront avec plus de patience, de persévérance, de profondeur... Phénomène qui deviendra visible ^^^spérons-le du moins) à la prochaine composition.