SECONDE NOTE
Analyse d'un vieux discours.
Nos anciens maîtres étaient pénétrés de cet esprit. Jamais ils n'auraient proposé aux élèves autre chose que l'analyse d'un de ces lieux commiinSy de ces idées cent fois éprouvées par vingt générations. L'invention consistait, selon eux, à les analyser, à les démontrer, sans autre souci que de bien raisonner, de mettre dans la pensée de l'ordre et du mouvement. 11 n'est pas encore prouvé qu'ils eussent tort.
Voyez plutôt le parti que tirait d'une telle méthode un de ces lauréats si dédaignés depuis ! — La matière seule du discours était déjà émouvante et oratoire. Il ne s'agissait pas, comme en l'an de grâce 19 lo, d' « apprécier » et de « discuter » un texte, mais d'exposer des lieux communs ■sur la liberté, l'égalité, la fraternité, les grands principes! républicains. Sourie qui voudra de ces vieux*sujets ! Je persiste à trouver qu'ils valaient bien ceux d'aujourd'hui; et quant au style des meilleurs élèves, vous avouerez qu'il était un peu plus coloré que le vôtre.
SUJET : Un pasteur puritain aux membres de Vassociation pour rindépendance religieuse et régalité politique.
Parmi les émigrations anglaises qui, au temps des premiers Stuarts, allèrent peupler les rivages de l'Amérique du Nord, la plus remarquable est celle qui s'établit sur la côte voisine de l'Hudson, dans l'année 1621, sous le règne de Jacques h'^. Ce n'était pas, comme dans les premières expéditions dirigées vers ces parages, une réunion d'aventuriers ou de spéculateurs s'expatriant pour faire fortune; c'étaient des citoyens aisés et éclairés, appartenant à l'élite de la secte puritaine, qui, mécontents du gouvernement et de l'Église établie, allaient chercher dans un autre hémisphère l'indépendance religieuse et l'égalité politique que leur refusait leur pays natal. Le but de ces nouveaux émigrants était de former sur une terre vierge un Etat libre et régulier, propre à leur assurer la jouissance de ces biens qu'ils regardaient comme les premiers de tous. Ils se rendaient au Nouveau Monde accompagnés do leurs femmes et do leurs enfants ; leurs