‹ De la méthode littéraire; journal d'un professeur dans une classe de premiereChapitre 58 sur 443 · Demain: rhumanité · texte numérisé non relu

Demain: rhumanité

Voilà toute notre histoire, mes frères ; voilà comment nous avons atteint du premier pas les dernières limites de la justice, telle qu'on peut la pratiquer sur cette terre. Mais que le monde est encore loin de nous 1 Un jour viendra, n'en doutez pas, où ces maximes qui ont épouvanté les tyrans et que les peuples n'ont pu comprendre, retourneront en Europe et y seront écoutées. Dès ce jour, tous les trônes seront ébranlés. Comme le Seigneur marchait devant Cyrus et devant Alexandre et abaissait devant eux les murailles, ainsi renversera-t-il tous les obstacles devant la vérité nouvelle et lui soumettra-t-il tous les pays et tous les peuples. N'est-il pas écrit : « Il n'est point de force, point de sagesse, point de conseil contre le Seigneur » (Prov., ai,^. 3o) ? Vous vous défendrez donc en vain contre la lumière, rois de l'Europe, et vous-mêmes, peuples endormis dans une servitude volontaire. Un même rayon vous éclairera tous, et changera la face du monde. Autour de nous se réuniront toutes ces colonies que l'Europe voit, chaque jour, quitter ses rivages ; à nous se joindront tous ces esprits inquiets qu'agite une vague espérance et le pressentiment d'un meilleur avenir ; et quand tous ces éléments épars d'un nouveau monde seront réunis, au temps marqué par la Providence, l'Amérique renverra à l'Europe cette liberté évangélique, aujourd'hui fugitive, alors envahissante, et l'Europe deviendra bientôt sa conquête.

Marchons donc vers ce but éloigné, mes frères, et préparons ce grand jour, que nous ne verrons pas, mais que nos fils verront. Il est beau de dévouer sa vie aux générations futures ; il est digne d'un chrétien d'ouvrir les voies à la parole de Dieu. C'est par ce sacrifice étemel du présent à l'avenir que l'humanité s'avancera d'un pas toujours égal vers des destinées toujours meilleures. Mais surtout soyons tous dignes de cette liberté que nous voulons faire aimer aux autres hommes. Qu'il n'y ait point ici d'envie, de rivalité, de haine, de passions impies et serviles. Mettons à exécution parmi nous la promesse de l'Evangile : « Quiconque s'élèvera sera abaissé, quiconque s'abaissera sera élevé. » Que tout notre orgueil soit d'être chaque jour plus justes, plus tempérants, plus charitables que nous ne l'étions la veille, car c'est avec nous-mêmes qu'il faut nous comparer, et non pas avec nos frères ; c'est la seule émulation qui soit pure aux yeux

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<le Dieu. Que toute notre ambition soit d'ôtre jugés dignes par tous de nous dévouer au service de tous, car c'est la seule manière de régner parmi nous. Dépouillons enfin le vieil homme, et pratiquons sincèrement la maxime que nous a léguée notre divin maître, et qui contient en elle toute la doctrine : « Aimez-vous les uns les autres ».

L, A. Prévost, Elève du lycée Bonaparte.

Si VOUS voulez vous rendre compte de ce qu'était devenu, plus tard, cet excellent élève, vous lirez les cinquante dernières pages de son livre La France Nouvelle, publié vingt ans après, en 1869. — Le sujet, cette fois, nous touche de plus près ; l'ancien lauréat du Concours Général, devenu sous l'Empire le plus éloquent défenseur des idées libérales, y parle de notre pays dans des termes inoubliables ; il prédit, non seulement la guerre de 1870, mais les difficultés auxquelles, dans le cours du vingtième siècle, devra faire face notre patriotisme; ces pages sont encore bonnes à méditer aujourd'hui. L'auteur est mort du désespoir d'avoir été trop bon prophète.

Vous remarquerez :

1° la force des idées générales; 2" l'ordre rigoureux établi dans chaque paragraphe; 3° la précision des faits et des exemples ; 4° l'harmonie des périodes.

Voici le plan général de ce morceau célèbre ; vous allez y reconnaître la même méthode que dans le discours :

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