LA PREMIERE CLASSE II
remploi de ce procédé, vous ne noterez que les choses importantes, de telle manière que les autres s'y rattachent naturellement; et ces précieux mémentos, loin d'affaiblir votre mémoire, l'aideront à devenir plus sûre, plus étendue, plus méthodique. — « Feuilles volantes, dira-t-on encore... » Mais que ne dit-on pas dans le monde, depuis le Meunier, son Fils et l'Ane ? Essayez de mes feuilles volantes ; et vous verrez, de cette méthode, que, tout comme dans la réclame, l'essayer, c'est l'adopter ! — Vous mettrez en grosses lettres, en haut, à gauche, Vidée que la note doit prouver. Que ceci soit pour vous une règle absolue : pas de note sans idée générale. Les faits que vous ne rattachez pas à une idée ne comptent pas : ils sont de l'érudition pure, c'est-à-dire moins que rien. De plus, cette idée générale, par le seul fait qu'elle est générale, humaine et classique, doit être une idée vivante, une idée pratique, hnmédiatement utilisable dans votre existence quotidienne : le passé ne nous intéresse que par ses rapports avec le présent ; tout ce qui n'est que passé est mort; seul, ce qui est vivant encore mérite d'être noté. — Quant à la note elle-même, elle devra se présenter sous laspect d'un petit plan, où les faits seront classés suivant les rapports qu'ils présentent avec l'idée générale indiquée en haut de la feuille. Aussi proscrivons-nous les petits formats. Vous prendrez le plus souvent de grandes copies ordinaires : il faut qu'une note soit composée, qu'elle résume en les classant vos idées sur la question, qu'elle soit le plan d un paragraphe.
B) Vous passerez de là naturellement à l'expression de votre pensée. La méthode qui vous aura servi à comprendre les classiques vous conduira sans autre effort à les imiter dans vos devoirs. Nous ferons en sorte que chaque devoir soit préparé par plusieurs lectures de textes ; vous n'aurez à remettre qu'une dissertation par quinzaine, et toujours sur les sujets que nous auront fait connaître les explications précédentes. Si nous étions dans le premier cycle, ou même en Seconde, je donnerais une
place importante aux sujets d'observation directe, qui vous invitent à vous mettre en présence des choses et à trouver par vous-mêmes, sans secours extérieur, ce qu'elles présentent d'intéressant. Enseignement par l'image ou enseignement par les faits, confessions personnelles ou récits d'incidents empruntés à votre existence d'écoliers constituent à tous les âges d'excellents exercices. Pourtant, même dans ces classes, j'essaierais de les rattacher toujours à l'étude des auteurs, afin que vous fussiez aidés par des exemples, encouragés par des modèles, sans avoir tout à tirer de votre expérience naïve. Aujourd'hui, sur les sujets qui doivent préoccuper des jeunes gens de votre âge, sujets de morale et de politique, sujets de science ou d'histoire, sujets relatifs aux problèmes de la vie contemporaine, il me semble presque impossible que vous vous passiez du secours continuel de nos grands classiques. Vous remarquerez que, lorsque l'on propose ces sujets, en France ou à l'étranger, sous la forme sèche, abstraite, d'une maxime ou d'un aphorisme, ils sont presque toujours trop difficiles pour vous ; ils exigeraient, pour être traité à peu près convenablement, la maturité d'un homme d«; quarante ans. Très rares sont les occasions où vous avez assez d'expérience personnelle, de jugement, de sensibilité pour tirer d'eux ce qu'ils contiennent en puissance ; les jurys qui vous posent ce genre d'énigmes méritent les malédictions dont vos familles les accablent. Gomme il est facile, au contraire, d'étudier toutes ces choses à la suite de Corneille ou de Bossuet, de Voltaire ou de Jean-Jacques, de Chateaubriand ou de Victor Hugo ! Ces grands hommes ont tout vu, tout observé, tout exprimé ; ils connaissent la nature et l'humanité ; ils ont trouvé pour les dépeindre des termes admirables ; ils nous enseignent à la fois à regarder et à traduire ; voilà nos guides et nos maîtres, voilà ceux qui nous conduiront, comme parla main, vers la beauté, en nous laissant l'illusion que nous l'avons presque seuls et par nous-mêmes découverte. Toutes les formes nous seront bonnes pour nous exercer, grâce à eux, à penser d'après leur méthode: dissertations, lettres,
LA PREMIÈRE CLASSE l3
dialogues, discours ou simples rapports ; toutes nous permettront, je l'espère, d'appuyer notre expérience un peu courte sur celle des siècles passés, et nos procédés incertains sur l'art solide et simple des auteurs classiques.
Tels seront notre plan et notre méthode... Demain vous apporterez votre cahier de sommaires, symbole de l'unité que nous voulons mettre dans nos études ; je vous dicterai le plan des trois premières classes. Nous recueillerons la cotisation nécessaire pour l'entretien de la bibliothèque (i). Et vous aurez à me montrer quelques feuilles blanches préparées pour les notes dans un carton spécial. Nous serons ainsi, dès le second jour, en plein travail, prêts à lire et à réfléchir, à composer et à écrire. Le reste, croyez-le bien, c'est-à-dire le succès à l'examen final, si vous faites ces choses dun grand cœur, avec joie, avec énergie, malgré le résultat inquiétant de vos études antérieures, vous sera donné par surcroît.
(i) Trois francs par an, ou un franc par trimestre; absolument facultative.