OU LA PÉRIODE DE MALHERBE ET LA PHRASE DE BALZAC
SOMMAIRE
Le premier défaut qui frappe, à la lecture de vos devoirs, le professeur ou le père de famille le plus indulgent, est l'absence totale de force et d'harmonie dans les phrases. Vous accumulez sans grâce les qui, les que et les et ; vos phrases ne sont pas organisées ; elles n'existent pas, elles ne vivent pas ; il n'y a ni ordre ni mouvement; et M. Legouvé lui-même n'aurait pas eu assez de talent pour leur donner forme sortable en les lisant à haute voix.
Il en était un peu de même, à la fin du seizième siècle, pour les médiocres disciples de Ronsard, en vers, et de Montaigne, en prose. — Malherbe et Balzac, les premiers, sentirent que la phrase ne doit pas être construite d'une manière arbitraire, qu'elle obéit à des lois musicales, comme une mélodie. Les plus longues paraissent brèves lorsqu'elles sont bien coupées; les plus lourdes s'allègent lorsque les différentes parties sont à peu près d'égale longueur et se trouvent heureusement opposées les unes aux autres dans un juste équilibre. Le mérite de ces deux auteurs fut de révéler alors le secret de cette harmonie.
I . Vous chercherez, après avoir lu les huit vers de Boileau sur Malherbe {Art poétique, I, i3i-i38), ce qu'on doit entendre par la « juste cadence »et la « grâce des stances» dans les quatre premières et les trois dernières strophes
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de VOde à du Périer (1607), et dans les six premières strophes de la pièce Pour le roi allant en Limousin (itJoD).
2. Vous regarderez, de même, le jugement de Voltaire sur Balzac dans le chapitre xxxii du Siècle de Louis XIV, et vous examinerez ensuite, d'après une page de Balzac Im-méme (Les fléaux de Dieu, recueil de Marcou, p, 126)^ en quoi consistent « le nombre et l'harmonie dans la prose ».
N. B. — Vous prendrez en note, dans vos histoires littéraires, quelques dates, et le titre des principales œuvres de ces deux auteurs, mais d'une manière très discrète. Retenez, par exemple, que Balzac, retiré de bonne heure sur les bords de la Charente, vient pour la dernière fois à Paris en i636, l'année du Cid; il avait alors 4o ans environ ; il ne reverra plus l'hôtel de Rambouillet, ni la rue Saint- Thomas-du-Louvre ; il se contentera d'écrire des lettres. Vous n'avez à noter qu'une date importante, autour de laquelle vous groupez quelques souvenirs, autant que possible rattachés à une image matérielle. Rien de plus ! Il ne faut apprendre que ce qu'on peut facilement et longtemps retenir; il faut surtout l'avoir appris d'une manière assez méthodique pour le retrouver plus tard ; il faut que vos souvenirs soient des images bien liées. Voilà comment il convient d'utiliser les manuels pour la chronologie.