AU LECTEUR
Nous touchons du doigt, avec ce chapitre, une des grosses difficultés qui paralysent actuellement les ellbrts du professeur de Lettres.
De toute évidence, ce sommaire, bon pour diriger en étude les lectures personnelles, est trop long et composé d'éléments trop disparates pour être convenablement développé en une seule classe. Il faudrait consacrer à un pareil sujet trois classes pour le moins : l'une aux deux critiques (Boileau et Voltaire), la seconde à quelques stro-
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phes de Malherbe, la troisième à une page de Balzac. Ce serait possible si nous n'étions pas obligés de voir tant de choses en Première, si les auteurs avaient été étudiés par écrit depuis la Sixième, en vue de l'examen final... Dans les conditions présentes, que faire, sinon dire aux candidats : « Il est de la dernière imprudence de se présenter à un examen quelconque sans avoir au moins feuilleté tous les auteurs du programme. Feuilletez 1*^4 r^ poétique. Feuilletez la Lettre à VAcadémie. Feuilletez Malherbe. Feuilletez, sur Balzac et le monde précieux, vos Morceaux choisis de Marcou... Ce n'est pas d'une excellente méthode. Ce n'est pas du tout conforme aux principes que j'essaie de vous donner. Mais il faut savoir sacrifier les principes aux circonstances, et recourir à des procédés momentanément nécessaires. » — Le lecteur se figure sans peine ce qu'a pu être la classe annoncée par notre sommaire: nous avons simplement fait connaître, par la lecture à haute voix, quelques strophes de Malherbe et quelques périodes de Balzac, après avoir interrogé les élèves sur les dates et les oeuvres essentielles. Ce n'est pas, je le répète, ce que nous voudrions faire ; mais c'est ce que nous faisons chaque fois que l'intérêt immédiat des élèves nous y oblige. Nous n'avouons pas notre embarras aussi souvent que la vérité nous le permettrait. Il vaut toujours mieux insister sur le bien que sur le mal ; il vaut mieux employer ses heures à discerner dans le présent les germes féconds de l'avenir qu'à déplorer les défauts d'un régime de transition. Il y a des jours, cependant, où toute dissimulation serait impossible : tel était le cas aujourd'hui.
DEVOIR
Comment Molière a-t-il peint la société de son temps, et, en particulier, comment à~t-il représenté les marquis et les bourgeois ?
(Sujet proposé par la Sorbonne le 28 juin 1909.)
CORRECTION
Vous paraissiez très pressés de faire des dissertations ; le jour même où je venais vous proposer celle-ci, vous désespériez de me voir aborder le genre à la mode. Vous comprendrez mes scrupules, en voyant les résultats de cette première tentative.
Il est difficile de trouver un sujet plus simple ; les bonnes âmes, toujours prêtes à plaindre les candidats malheureux, reconnaîtront que cette fois les « pauvres enfants » ne doivent accuser personne, si le succès n'a pas répondu le 28 juin dernier aux espérances de leurs familles... En ce qui nous concerne, aujourd'hui, la vérité m'oblige à dire que votre victoire n'a rien non plus d'éblouissant. Nous avons un î4, un i3, un 12, un 1 1, trois 9, deux 8, trois 7; le reste des élèves plongent dans les notes basses, ramenant une abondante moisson de 6, de 5, de 4 et même de 3... Ne croyez pas, pourtant, que votre travail soit perdu, à cette époque de l'année. Vos copies nous montrent admirablement ce qu'il ne faut pas faire ! Nous allons en tirer la définition, illustrée d'exemples, des grands défauts à éviter dans ce genre nouveau pour vous ; et nous y opposerons tout naturellement les qualités désirables.
Je me plaindrais bien, pour commencer, du défaut com-
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plet d'harmonie que présente, en général, le style de tous ces devoirs. Mais nous mettrions ainsi la charrue avant les bœufs. Cette cacophonie du langage n'est que le reflet du désordre qui règne dans votre pensée. Boileau l'a dit, depuis longtemps :
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser !
Vous ne savez pas écrire, surtout parce que vous ne savez pas penser.
Qu'est-ce que penser, dans un examen de baccalauréat ?