L.\ai IJ AI-l'IU-NDUE UNE LEÇON li'il
Sa voix ne peut se faire trop grave ni trop sonore pour un pareil écho. C est là (juil faut enlomlre le timbre de M ou net-Sully !
Avant que tous les Grecs vous parlr;nt par ma voix...
— Nous l'avez entendu ?
— Oui, Monsieur, tout récemment.
— Heureux homme! — Le second vers ne vous p;irail-il jias ajouter une nuance de plus?... A la solennité 1 habile ambassadeur joint une déférence, une politesse extrrme ; et c'est le second caractère du style diplomatique :
Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix...
Souffrez, dit-il, employant un terme déjà un peu suranné, emprunté au vocabulaire de la plus antique politesse... II ose à peine, il est flnllé... C'est un gentleman accompli... Trop accompli! Car on sait que cette politesse ne vient pas du cœur. Elle est simplement ordonnée par les usages, c'est une modestie de commande, une modestie...
La. classe. — Officielle !
de B. — Elle n'est pas sincère.
— Ici, vous allez un peu loin. Elle peut être à la fois oflicielle et sincère. 11 y a des cas où, dans les réceptions.,, officielles, l'orateur dit ce qu'il pense en témoignant de son respect ou de son dévouement pour le personnage non moins officiel cjui le reçoit. Je vous accorde pourtant que le cas ne se présente pas toujours. Or, même si l'orateur pense le contraire de ce qu'il doit dire, son langage sera, comme celui d'Orcsie, d'une déférence irréprochable. Aussi ce genre de cérémonies devient-il de plus en plus rare dans l'administration, qui les juge inutiles dans la première hypothèse, et fâcheuses dans la seconde. Les mots oiseux ne sont plus guère reconnus d'utilité publique que dans la diplomatie. Vous voyez pourquoi : parce que, dans la diplomatie, ils restent nécessaires ; ils tiennent de la place ; ils font gagner du temps; il permettent de ne pas échanger des mots durs dès le premier moment ; ils laissent l'espoir
222 l'esprit classique AU XVn* SIÈCLE
de trouver quelque terrain d entente. — Passez aux vers suivants, de B.
— ... Et qu'à vos yeui. Seigneur, je montre quelc[ue joie De voir le fils d'Achille et le vainqueur de Troie.
— Quel est le troisième caractère du style diplomatique? Nous lavons vu déjà solennel, déférent... 11 est, de plus...
de B. — Obséquieux.
— Le mot est trop sévère. Sa « joie » est toute naturelle : on ne voit pas tous les jours le fils d'Achille et le vainqueur de Troie. Dites simplement qu'il est compUmenieur. 11 est même tout naturel que l'ambassadeur insiste et qu il consacre toute une période, savamment balancée, au panégyrique du souverain auprès duquel il est accrédité. Il y a toujours à dire du bien d'un homme puissant. S'il est belliqueux, on célèbre son courage ; s'il est pacifique, sa sagesse ; s il est insignifiant, son humanité. Ici, Pyrrhus a un mérite qui n'est pas rare, un de ceux qui assurent les plus belles carrières : il est fils de son père! De là un parallèle, indiqué dans le premier vers :
Oui, comme ses exploits nous admirons vos coups,
répété dans le second (on ne redit jamais trop les choses agréables à entendre) :
Hector tomba sous lui, Troie expira sous vous,
et couronné dun double panache dans les deux derniers :
Et vous avez montré, par une heureuse audace, Que le fils sexil d'Achille a pu remplir sa place. Mais...