II. — La sécurité de Pyrrhus
Restent les craintes personnelles à éveiller chez le roi. Plus n'est besoin de faire appel à des sentiments généreux ou lâches par de prudentes périphrases, de poétiques évocations. Le diplomate sait user de tous les moyens, et employer le mot énergique, le mot propre, même le mot vulgaire, lorsque le moment est venu. Quel est le mot de valeur, dans ces quatre vers ?
J . — Ce serpent.
— En effet. Ce mot est d'ailleurs une image poétique, l'image de la ruse tortueuse, de la ruse aux mille replis. La phrase entière est sinueuse, enveloppante. Notre diplomate n'avance qu'avec précaution ; il s'arrête; il prend son temps ; il mesure l'espace à franchir :
Oserai-je, Seigneur, dire ce que je pense?...
Il faut s'arrêter après ce vers, et s'arrêter longtemps. Oreste suspend son élan, comme s'il cherchait des yeux le pointa frapper; puis, sûr d'atteindre son adversaire au point sensible, il approche :
Vous-même... (^nouvel arrêt)
de vos soins... (^nouvel arrêt, plus court) craignez la récompense...
(^dernier arrêt)
23o l'esprit classique Ali XVIl'" SIÈCLE
Enfin, d'une seule émission de voix, il fait siffler le trait qui s'enfonce profondément :
Et que dans votre sein ce serpent élevé
Ne vous punisse un jour de l'avoir conservé.
Conclusion.
Il ne lui reste plus qu'à conclure, qu'à finir : enfin... Enfin, de tous les Grecs satisfaites l'envie.
Comme tout rhéteur qui possède bien son art, Oreste résume les deux parties de son discours, et finit par une dernière antithèse sur Pyrrhus, sur les Grecs, victimes désignées d'Astyanax. Vous d'abord... Nous ensuite...
Assurez leur vengeance, assurez votre vie...
Combien d'alliances honteuses ont été ainsi conclues pour lécrasement des faibles, sous prétexte de conjurer un danger imaginaire !
Perdez un ennemi d'autant plus dangereux Qu'il s'essaîra sur vous à combattre contre eux.
Je crois qu'après une pareille étude le travail de la mémoire est singulièrement facilité. — Il l'est d'abord, comme dans la première partie, par l'arithmétique. Nous avons un groupe de lo vers sur le patriotisme, divisé en 6 (^passé) et en 4 Çavenir) ; puis un groupe de 4 vers sur la sécurité de Pyrrhus, et 4 vers de conclusion. — Il l'est ensuite par la variété des rythmes et la sonorité des rimes... Mais il est inutile de recommencer toujours le même travail. Vous en avez suffisamment aperçu l'utilité. Rien ne force mieux à comprendre un texte que de l'apprendre par cœur ; rien « n'intéresse plus la partie » que ce but immédiat, tangible proposé à nos efforts ; rien n'est, en un mot, plus lié à l'éducation du goût que l'éducation de la mémoire. Quand la diplomatie d'Oreste ne devrait pas vous laisser aujourd'hui d'autre souvenir, nous n'aurions pas perdu, à l'étudier, notre temps ni notre peine !