‹ De la méthode littéraireChapitre 152 sur 424 · DEUX LETTRES SUR LA JEUNESSE DE VOLTAIRE (A CHOISIR · texte numérisé non relu

DEUX LETTRES SUR LA JEUNESSE DE VOLTAIRE (A CHOISIR

Premier Sujet.

Le Père Porée écrit à un de ses confrères, ami de la famille Arouet, qui lui avait demandé ce qu'd pensait du jeune François, élève de rhétorique au collège Louis-le-Grand (lyog).

Vous connaissez tous les jolies pièces de vers qu'un de vos anciens maîtres (i) a consacrées à l'enfance de Voltaire et à celle de Rousseau. Il n'est pas très difficile de se figurer, d'après elles, ce que devait être à quinze ans ce collégien précoce, et les anecdotes, plus ou moins authentiques qu'on raconte sur son adolescence n'ont rien d'invraisemblable. Vous avez entendu parler de la « tabatière confisquée n ; une autre fois, dit-on, il composa une épître pour un vieux soldat qui demandait aux Jésuites de lui écrire un compliment à l'adresse de Monseigneur... Il était r « orgueil des bons Pères ». Mais il devait, parfois, faire un peu leur tourment, et il n'est pas impossible que son préfet des études, le futur abbé d'Olivet, l'ait noté presque aussi mal que le jeune Crébillon : V. Ingeniosus puer , sed insicjnis nt!6u/o)). Il était leur enfant terrible, mais ils l'aimaient malgré tout, et le Père Porée, en particulier, lui a toujours témoigné le plus affectueux intérêt.

Vous composerez la lettre indulgente, mais véridique, de l'excellent professeur.

Second Sujet.

Voltaire, âgé de vingt ans, à son ami de Cideville (iji4)- Voltaire, à l'Age de vingt ans, s'était déjà fait connaître par deux ou

(i) G. ZiDi.ER, La Lijende des Ecoliers de France, p. 170-180.

trois odes, et deux satires assez violentes, l'une contre M. de la Motte, l'autre contre M. de Courcillon. Son père, bourgeois prudent, voulait le faire embarquer pour les Iles ; mais M. de Caumartin lui proposa d'emmener le jeune étourdi à son château de SainUAnge (sur les bords duLoing), oii Voltaire passa quelques mois. Ce séjour, en compagnie d'un vieillard aimable et instruit, lui laissa les meilleurs souvenirs. Intendant et diplomate sous Louis XIV, M. de Caumartin avait observe le monde et retenu mille anecdotes curieuses ; sa conversation captiva le jeune Arouet, et la bibliothèque du château acheva de faire son éducation.

Vous supposerez que François Arouet écrit de Saint-Ange à son ami de Ci de ville.

n ne regrette pas la punition qu'a voulu lui infliger sa famille, tant il se plaît au château de Sully. Comment ne serait-on pas heureux dans la société d'un aimable vieillard qui a vu tant de choses et les raconte si bien? La solitude même, d'ailleurs, lui est chère; il songe à composer une épopée ; il a commencé une tragédie ; il fait toujours des petits vers, et n'oublie pas ses joyeuses fredaines ; il est le plus heureux des hommes.

Conseils. — Vous voyez sans peine tous les faits que vous devez utiliser : le passé de Voltaire, ses aventures, son goût pour la poésie, son goût naissant pour l'histoire ; il ne vous est pas défendu de songer aussi à son avenir, et de supposer que les projets formés alors par le jeune homme seront mis à exécution. Voltaire a prévu, dès ce moment, ce qui devait faire sa gloire ou, tout au moins, sa très brillante réputation jusque vers i/SS ; il est déjà, en 171^, ce qu'il sera dans la première période de son existence : un poète, et un homme du monde plein d'esprit.

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