I . Imperfections
Le malheur est que, s'il a fort bien énuméré tous ces rapports, il n'a pas aussi bien montré « comment ils formaient, tous ensemble, ce qu'il appelle l'esprit des lois ». Vous avez lu, B., la table des matières que JuUian a pris soin de vous mettre sous les yeux, page ^i. Qu'en pensezvous ?
B. — Le livre de Montesquieu est un peu composô comme le Siècle de Louis XIV de Voltaire. Les deux auteurs définissent admirablement, au début, leur idée générale, idée féconde et capable de porter tout le poids d'un grand livre ; Voltaire donne la définition même de la civilisation, Montesquieu celle de la loi. Mais entre cette idée très générale et les longues séries d'exemples répartis en Sg chapitres par l'un et 3i par l'autre, nous cherchons en vain quatre ou cinq idées intermédiaires qui permettraient de mieux voir les rapports entre les faits particuliers et le principe général.
— \o'ûk qui va bien ! Les élèves Voltaire et Montesquieu sont critiqués de main de niaître. Je croyais entendre une de nos corrections de devoirs ! et vous êtes un peu dénué d'indulgence pour ces grands hommes. 11 y a pourtant quelque vérité dans votre jugement sévère...
L. — Les pages elles-mêmes ne sont pas toujours très bien composées. 11 y a beaucoup d'alinéas.
— Rien ne trahit mieux, en eiiét, la faiblesse de la composition que ce besoin de mettre constamment à la ligne.
A. — Montesquieu dédaigne souvent la théorie du paragraphe !
— Et il ne démontre pas toujours suffisamment chaque idée avant de passer à la suivante.