‹ De la méthode littéraireChapitre 196 sur 424 · POURQUOI NOUS DEVOIVS, SUR CERTAINS POINTS, LA COMPLÉTER · texte numérisé non relu

POURQUOI NOUS DEVOIVS, SUR CERTAINS POINTS, LA COMPLÉTER

Lorsqu'on a entrepris une œuvre, quelle quelle soit, il ne faut pas trop se laisser distraire par les critiques; mais il ne faut pas, non plus, négliger les bons conseils. Ils engagent à s'arrêter un instant pour réfléchir, à jeter un regard sur le passé, à modifier pour l'avenir certains détails, bref, à exercer sur soi-même un contrôle des plus utiles, ^'oici ceux ({ui nous furent donnés, la semaine dernière, dans la section D, par I Inspecteur général chargé de nous rendre visite.

Il s'agissait de savoir dans quelle mesure les élèves doivent avoir préparé le texte d'explication pour prendre une part active aux exercices de français. Le terrain était favorable à l'observation critique, car ce n'est un mystère pour personne qu'en D plus encore qu'ailleurs, la classe repose presque entièrement sur la personne du professeur. Plein d'une indulgence souriante qui toucha vos camarades, M. N... a su pourtant leur dire des choses fort bonnes à entendre. «C'est une excellente habitude, déclara-t-il pour conclure, que celle qui consiste à se laisser entraîner par le professeur, à trouver, sous sa direction, les idées ou les expressions les plus justes... » Et, se tournant vers moi : « \'ous agissez par suggestion, et je reconnais que dans beaucoup de cas cette méthode est la seule pratique. Je voudrais, pourtant, si je n'étais malheureusement trop

pressé, entendre une contre-épreuve sur un sujet plus facile, sur un texte très simple, oîi ces jeunes gens nous diraient d'eux-mêmes et sans aide ce qu'ils en pensent. Aiment-ils à parler? Expriment-ils volontiers une opinion sincère? » Je souriais, à mon tour, parce que je pensais à vous, B., à A., à de B., à II., à de M., aux questions, aux objections dont vous me lardez parfois, et au plaisir que nous cause ce petit jeu de massacre. « Dans cette section D, répondis-je, Monsieur l'Inspecteur général, les élèves ont peut-être moins l'habitude des réflexions personnelles et des paroles qu'elles inspirent, que dans la section G. Pourtant, il leur arrive de me soumettre spontanément ce qu'ils pensent, sans que la moindre question ait prévenu ni même encouragé leur initiative... — Voilà, en effet, ce qu'il faut obtenir. — Ils lisent, autant que le permettent leurs vingt-huit heures de classes et leurs études consacrées aux sciences ou aux langues vivantes. Lorsque vous êtes entré, le bibliothécaire venait à peine de terminer la distribution des livres; le goût qu'ils témoignent pour ces lectures sérieuses, les petites dépenses qu'ils s'imposent volontairement en faveur de la bibliothèque prouvent de leur part une réelle bonne volonté... — Evidemment ! Ils pourraient donc, sans grande difficulté, vous rendre compte d'une impression, vous exposer une idée... Bien entendu, je ne parle pas de « leçons » proprement dites, qui ne conviennent guère à leur âge, mais de réflexions un peu préparées sur certains points désignés à l'avance : 1 analyse d'une page, la recherche des mots importants, l'appréciation morale d'un morceau ; bref, tout ce qui leur permettrait de suivre votre méthode sans être trop soutenus par vous. » Adressant alors un dernier mot à vos camarades, il les invita, d'une manière générale, à exprimer le plus souvent possible un jugement personnel, à secouer toute fausse honte, toute timidité mal entendue, pour appliquer par eux-mêmes et sans secours la méthode qu'ils voyaient pratiquer depuis le i"^"" octobre.

Je sais bien que, dans la section G, l'impression éprouvée eût été fort diCférente; mais ces recommandations ré-

Page 1