‹ De la méthode littéraireChapitre 197 sur 424 · UN REGARD EN ARRIERE · texte numérisé non relu

UN REGARD EN ARRIERE

pondent trop aux scrupules que je ressens moi-même pour que nous n'en fassions pas notre profit.

Nous pouvons y réussir de deux manières.

I. — Rn ce qui concerne ïrxplicntion d'an texte restreint, il aurait fallu, pour répondre au vœu de notre Inspecteur général, augmenter le nombre des sommaires où l'on indique à l'avance les termes essentiels du morceau (Voir par exemple : Etude d'une page de Descartes, p. 2O ; Une idée litléraire de Fénelnn, p. 1 18.) « Les mots de valeur, me dit-il après la classe, que vous signalez au cours de l'explication, ne sont jamais très nombreux. Vous les connaissiez déjà, vous, professeur, lorsque vous avez donné le texte à préparer; vous saviez qu'ils l'éclaireraient tout entier, qu'à eux se rattacherait votre commentaire. Découvrez-les d'avance aux élèves dans votre sommaire ; dites-leur de quelle manière chacun d'eux doit en éclaircir le sens, en définir le rôle dans le passage, en signaler l'importance ; apprenez-leur à se servir du dictionnaire avec intelligence. Vous constaterez de plus en plus que 1 effort ainsi limité, dirigé, n'est pas au-dessus de leur âge.» II est certain, en effet, que si vous aviez eu le temps de fournir ce travail préliminaire sur les mots de La Fontaine, de Montesquieu et de Voltaire, la marche même de la classe n'eût pas été modifiée, mais un plus grand nombre d'élèves auraient pu Y prendre part.

Tel est aussi, avec d importantes réserves, le sentiment de deux amis auxquels j eus, les jours suivants, l'occasion de redire ces paroles.

« Obtenez-vous, demandais-je à lun d"eux(i), souvent et sur tous les textes, des explications préparées ?

— Souvent, oui! Mais sur tous les textes, non pas. 11 faut que les auteurs s'y prêtent. Pourtant, j'ai vu, dans bien des cas, la majorité de la classe s'inspirer de notes écrites fort bien prises à l'avance.

— Reste à savoir sur quels auteurs.

(i) M. Gendarme djs Btvorrt, professeur au lycée Loujls-le-G.raijd,

— La Fontaine, La Bruyère...

— Et quel genre de notes écrites ?

— Les nôtres sont prises sur des fiches. Ce procédé n'a pas déplu pendant ces dernières semaines. Soit, par exemple, l Ane chargé de sel et l'Ane chargé d''éponges,j:iue nous expliquions hier. Un certain nombre de mots ne pouvaient être compris qu'à laide du dictionnaire : épongier, gaillard, nagées, baudet, dessus, d'autant... Une dizaine d'élèves, qui possédaient Darmesteter ou Littré, ou avaient emprunté à notre bibliothèque le lexique particulier à la langue de La Fontaine, ont préparé à l'avance notre travail sur des fiches... Je me rappelle notamment que sur le mot gaillard, pris d'abord dans le sens de « fort » (Château-Gaillard), puis de « vif, réjoui, dispos », les provisions d'exemples étaient d'une abondance déconcertante ; chacun voulait placer son ours, et n'y arrivait pas : le spectacle était assez amusant... Je m'empresse, d'ailleurs, de reconnaître que ce procédé n'est qu'accessoire. Il offre même un danger, celui d'encourager l'érudition facile : or la valeur d'un terme dépend surtout de la place qu il occupe dans le texte; il faut l'expliquer, non isolément, mais par rapport avec la pensée de l'auteur, et dans la mesure exacte où les renseignements empruntés au dictionnaire aideront à la comprendre. ^L Cahen l'a bien montré l'an dernier (i). Gela même, pourtant, ne dépasse pas toujours les forces des meilleurs élèves, si nous savons à l'avance leur désigner les points précis où doit porter leur effort. Tout l'art du maître consiste à choisir les mots de valeur, en indiquant aux jeunes gens la manière de les étudier. Affaire de tact et de mesure, comme dans toutes les choses littéraires. »

(i) Conférence faite au Musée Pédagogique le i8 février igog (Imprimerie nationale, fascicule XVI, p. iio-iia) : « Notre but cj^t de pénétrer la pensée et le sentiment de l'écrivain : s'il m est toujours présent à l'esprit, je dirai, ou plutôt je ferai en sorte que mes élèves me disent beaucoup de choses; mais j'en exclurai beaucoup aussi, qu'un élève zélé, s'il était abandonné à son inexpérience, ne manquerait pas de m' apporter... Ainsi nous élaguons tout ce qui n'est pas rigoureusement utile à notre dessein. » — Exemples tirés de La Fontaine, de Chénier et de Pascal, p. i i 3 et ii3.

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