‹ De la méthode littéraireChapitre 203 sur 424 · I. — Orosmane, dit-il, a toutes les vertus d'un chrétien · texte numérisé non relu

I. — Orosmane, dit-il, a toutes les vertus d'un chrétien

II. — Dieu ne peut donc pas s'opposer au mariage, pour trois raisons (et de M. nous fait observer que, par cet espoir « astucieux » (sic), Zaïre espère tout concilier) :

i) la clémence bien connue de la Divinité;

2) sa pitié pour Zaïre en particulier;

3) l'espoir qu'il aura de protéger les chrétiens par l'intermédiaire d'une nouvelle Esther.

Quant aux remarques sur l'expression, elles sont rares et superficielles. L'élève commet un gros contresens sur un des mots essentiels : « le ministre sacré » lui paraît être Lusignan ou Nérestan... C'est qu'il n'explique pas chaque terme en le rapprochant de l'idée générale; il n'a pas vu, sous l'ordre apparent, la liaison réelle des idées et la portée de chaque détail. Sa conclusion seule, si banale, nous le montrerait suffisamment: « Cette scène, dit-il, semble préparer le mariage entre Zaïre et Orosmane, c'est-à-dire un dénouement contraire à celui que nous verrons au 5" acte... Ce qui se produit généralement dans les tragédies. »

B. — Critique.

Voilà une conclusion qui me laisse bien froid ! Votre

l'humanité dans za/re 355

idée principale, de M., pouvait être, en efret, une idée littéraire sur la valeur dramatique de la scène et sa place dans le drame ; mais il fallait la subordonner à une idée plus générale encore, qui ne pouvait être qu'une idée morale, une idée philosophique. Vous auriez montré dès lors coniMionl la thèse de \ oltaire, très humaine, très élevée, se trouvait être en même temps tout à fait tragique; et vous faisiez comprendre, par deux analyses successives, la valeur morale et dramatique de cette belle tirade.

Vous partiez du point où nous avait conduits votre camarade : « Voltaire nous inspire ici de la piiié pour les souffrances humaines, parce que le principe de toute sa' phiIoso|)hie est le respect de la personne humaine, et le fondement de toute sa morale, l'amour de l'humanité. On devine déjà dans l'auteur de Zaïre l'aptMre de la tolérance. »

I. — Quelle est, en 1734, dans la tirade de Zaïre, la valeur morale de ce principe?

Elle était déjà très grande, aux yeux des spectateurs qui l'applaudissaient. Quoique la France fût toujours, dans son ensemble, très chrétienne, une partie de la noblesse et de la bourgeoisie s'étaient doucement détachées de la religion. Même dans la bourgeoisie janséniste d'où sortait Voltaire (il eut un frère convulsionnaire), les émules de François Arouet n'étaient point rares, et le libertinage des mœurs n'était pas beaucoup plus grand que la hardiesse des idées. Les applaudissements qui accueillirent notre tragédie en seraient, à eux seuls, une preuve suffisante, car il est difficile de se montrer plus détaché que Zaïre de toute secte religieuse... Zaïre est une philosophe ! — A'oyez, de M., comme cette idée générale, que vous avez eu le tort de ne pas nous rappeler au début, donne de la valeur aux idées secondaires que vous avez signalées, comme elle établit entre elles un lien solide, une progression. Vos divisions restent à peu près intactes ; mais quelle diftërence dans l'analvse ! F.coutez le raisonnement de Zaïre :

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