‹ De la méthode littéraireChapitre 24 sur 424 · Ce qu'il dit · texte numérisé non relu

Ce qu'il dit

en laissant parler ses adversaires eux-mêmes.

A. — L'esprit de l'Université.

La raison y est inconnue. L'esprit d'autorité la remplace. L'axiome: magister dixit. — Les textes anciens, que les professeurs ne lisent mùme pas dans la langue originale. Grœcuinest, non /eyt'iur, avouent-ils quand ils rencontrent une citation grecque dans la traduction latine. — Leur maître favori, Aristote, traduit du grec en arabe, et retraduit de l'arabe en latin par les scolastiques ; si bien qu'il refuserait de se reconnaître dans leurs cahiers.

B. — Les procédés de l'Université.

Elle n'observe pas la réalité. Le raisonnement lui tient lieu d'expérience.

a) Elle ne voit pas la vraie cause des phénomènes :

— En physique : la pesanteur ignorée.

— En astronomie : la gravitation méconnue.

— En médecine : la circulation du sang obstinément niée.

6) Elle y substitue des explications fausses :

— Les entités :

La puissance dormitive de l'opium.

L'horreur du vide.

— Les hypothèses :

Les sept cieux de Ptolémée.

Le feu de la région supérieure.

Vous n'en épargnez pas, et chacun a son tour !

Toutefois, c'est à la médecine que vous revenez de préférence, et vous avez bien raison. Il est peu de matières où l'ignorance et la présomption des docteurs nous soient quotidiennement plus nuisibles ; il en est peu, surtout, sur lesquelles vous ayez plus de chances d'être universellement compris. Pascal renonçant à parler de la Grâce pour se rejeter dès la 5'^ Lettre sur la Morale des Jésuites, n'a pas été plus habile ! La sottise des médecins est un fonds inépuisable, qui pourrait donner lieu à dix comédies, et je m'étonne que Molière ne leur ait pas encore consacré une pièce aussi importante que Tartufe ou l'Avare. Il est vrai que l'auteur de l'Amour Médecin n'a pas dit son

4o LES ORIGESES DE LA RAISON CLASSIQUE

dernier mot. — En attendant, mon cher Monsieur, vous avez ici fort heureusement place le vôtre. Vous nous délivrez, mes confrères et moi, d'un ennui sérieux pour des gens d'esprit ! Nous ne perdrons pas une audience à écouter des sottises ; nous n'aurons pas à congédier gravement des plaideurs qu'un honnête homme ne peut regarder sans rire. Je puis vous assurer d'avance des remerciements de la Grand'chambre... Seule, Mademoiselle de Lamoignon...

— la fin, telle que nous l'avons lue dans la copie de B.

Af

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