‹ De la méthode littéraireChapitre 266 sur 424 · Sentiment religieux. (Le soir · texte numérisé non relu

Sentiment religieux. (Le soir

— Ce qu'il voit et entend — au loin — plus pn^'s.

— La sagesse de la nature :

dans les infiniment petits; dans l'infiniment grand.

Conclusion. — ■ Sa dernière consolation.

3. EXPLICATION D'UNE PAGE DE LA NOUVELLE HÉLO'iSE Description des deux rives du lac de Genève

ENTRE ClARENS ET MeILLERIE.

(Nouvelle Héloïse, 4^^ partie, lettre fj, de : « Je lui montrais de loin les embouchures du Kliône... » à : « Tandis que nous nous amusions agréablement... »)

Il arrive assez souvent, aujourd'hui, que les Facultés vous proposent le commentaire écrit d'une page de prose, d'une tirade ou d'un sonnet. Si voiis connaissez bien l'auteur duquel le passage est tiré, il vous est assez facile d'appliquer la méthode Lanson, et d'expliquer les mots de valeur par des rapprochements avec d autres textes du même écrivain... Même si vous n'avez pas celte ressource, vous pouvez encore tirer parti du passage en le rattachant à une idée générale. Examinons ensemble, pour nous en convaincre, la description célèbre où Saint-Preux, se trouvant avec Julie au milieu du lac de Genève, entre Clarens et Meillerie, fait remarquer à la jeune femme tous les aspects du paysage. Lisez la page, B.

— Là j'expliquais à Julie toutes les parties du superbe horizon qui

LE SENTIMENT DE LA NATURE /j'ig

nous cnlourait. Je lui montrais de loin les embouchures du Rliône, dont l'impétueux cours s'arrôtc tout à coup au bout d'un quart de lieue, et semble craindre de souiller de ses eaux bourbeuses le cristal azuré du lac. Je lui faisais observer les redans des montagnes, dont les angles correspondants et parallèles forment dans l'espace qui les sépare un lit digne du fleuve qui le remplit.

En l'écartant de nos côtes, j'aimais à lui faire admirer les riches et charmantes rives du pays de Vaud, où la quantité des villes, l'innombrable foule du peuple, les coteaux verdoyants et parés de toutes parts forment un tableau ravissant; oîi la terre, partout cultivée et partout féconde, offre au laboureur, au paire, au vigneron le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l'avide j)ublicain.

Puis, lui montrant le Chablais sur la côte opposée, pays non moins favorisé de la nature, et qui n'ofTre pourtant qu'un spectacle de misère, je lui faisais sensiblement distinguer les différents effets des deux gouvernements" pour la richesse, le nombre et le bonheur des hommes. C'est ainsi, lui disais-je, que la terre ouvre son sein fcjrtile et prodigue ses trésors aux heureux peuples qui la cidtivent pour eux-mêmes : elle semble sourire et s'animer au doux spectacle de la liberté ; elle aime à nourrir des hommes. Au contrnire, les tristes masures, la bruyère et les ronces, qui couvrent une terre à demi déserte, annoncent de loin qu'un maître absent y domine, et qu'elle donne à regret à des esclaves quelques maigres productions dont ils ne profitent pas.

— A quelle idée rattacherez-vous vos observations ? B. — Au sentiment de la nature.

— Sans doute. Mais cette idée est un peu trop générale : cent textes analogues peuvent être rattachés au sentiment de la nature. Vous avez vu, dans vos rapides lectures, combien ce sentiment est complexe, combien de nuances il est facile d'y découvrir, depuis la sensation purement physique de bien-être jusqu'aux plus délicates impressions du peintre, depuis les observations scientifiques du botaniste jusqu à 1 émotion religieuse du philosophe... Vous pourrez toujours en signaler un certain nombre dans un seul texte, mais il est rare que vous ne deviez pas en distinguer une qui, plus importante que les autres, donne au morceau son caractère. Dans le passage connu de la S*" Lettre à M. de Malesherbes, sur quelle nuance insisterez-vous ?

S. — Sur le sentiment religieux.

Be/.\rd. — Méth. an

45o LE ROMANTISME ET LA RÉVOLUTION

— Et dans le déjeuner où la fameuse oraelelte... ? de M. — Sur la simplicité des goûts.

— Et ici?

B. — Sur la géographie.

— Soit. Cette page est un cours de géographie, de géographie toute moderne, fort en avance sur son temps. M. Vidal de la Blache et le général Niox, les créateurs de nos méthodes géographiques, reconnaîtraient leurs principes et leurs procédés dans la description de Saint-Preux. Quels sont ces principes ?

B. — Toute science étant la recherche des causes, la géographie doit nous rendre compte des causes qui expliquent l'aspect d'un pays.

— Quelles sont ces causes ?

B. — La nature du sous-sol, et l'histoire de ses transformations, inscrites à la surface dans la forme et la structure des roches.

A. — La composition du sol lui-même et le climat... l'influence de la latitude et de la longitude, de la position, du régime des eaux...

— Ce sont bien là, en effet, deux parties importantes de la géographie. 11 y en a d'autres...

de B. — La géographie économique, la géographie politique.

— C'est-à-dire l'histoire des rapports entre la terre et l'homme, l'influence de la terre sur l'homme et de l'homme sur la terre. Si Rousseau s'intéresse à la première forme de la science, la seconde l'attire encore davantage, et l'on sent bien vite que la première partie de son étude a pour but de préparer la seconde. Pourtant, il est trop bon observateur, trop amoureux des beaux sites et des couleurs éclatantes pour ne pas attribuer de l'importance à la description physique pure et simple. Disons-le pour commencer.

Préambule.

J.-J. Rousseau a été, dans notre histoire littéraire, le premier écrivain capable de nous intéresser au spectacle

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