‹ De la méthode littéraireChapitre 29 sur 424 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

« Pascal ! Comment pouvez-vous mettre vos élèyes en présence de Pascal ? Ils ne songent qu'au foot-ball, à la bicyclette, ils sont de plus en plus « enfants », et vous leur faites lire les Pensées !. . . » Ainsi s'exprimait, il y a plusieurs années déjà, un père de famille duquel on ne peut pas dire que, s'il était sévère pour le professeur, il fût indulgent pour la classe ! Il nous condamnait en bloc, moi parce que j'exigeais plus que vous ne pouvez donner, vous parce que vous donnez moins encore qu'on ne serait en droit d'exiger... 11 n'est pas seul de son avis ; tout récemment, je lisais, dans une Revue pédagogique, un article grave dont 1 auteur proposait de déporter Pascal en Première supérieure ; et je ne jurerais pas qu'un référendum proposé aux élèves donnât en faveur des Pensées une majorité imposante... Vous auriez tort, poui'tant, de le proscrire à la légère. Pascal est moins loin de vous, je ne dis pas que Molière ou La Fontaine, mais que Racine peut-être et Bossuet sûrement ; Pascal est capable de vous intéresser, même au débotté d'une de ces courses où vous fîtes (à tort du reste) du « trente à l'heure » ; et les plus enthousiastes du bien-être

44 LES ORIGINES DE L\ R.USON CLA.SSTQUE

physique ne peuvent pas un seul instant songer à la vie morale sans emprunter à cet ascète quelques-unes de ses pensées. Il a été si moderne, il a si bien connu l'âme qui devait être la nôtre que nous nous retrouvons en lui ; c'est vraiment à chacun de nous qu'il s'adresse avec son accent d'ardente charité :

Si ce discours aous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire, (i)

Naturellement, dans les cinq classes que nous allons lui consacrer, nous ne pourrons que courir à la surface des choses. C'est à d'autres auteurs, sur des textes plus faciles à lire et à isoler, que nous essaierons d'appliquer une méthode d'explication. En ce moment, nous sommes moins ambitieux : nous continuerons simplement, comme dans les classes précédentes, à étudier deux procédés élémentaires :

i) la manière de se diriger dans la lecture d'un auteur, d'après les indications données par le professeur;

2) la manière de prendre des notes écrites.

La méthode d'explication proprement dite viendra plus tard, à son heure. Nous ne la trouverons pas d'ailleurs, ellemême, d'un seul coup.

(i) Éd. Brunschvicg, III, 233.

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