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Artistes et savants

Nous ne sommes pas beaucoup plus heureux avec les idéalistes. Eux aussi, ils voient le sujet, mais ils ne possèdent ni les connaissances, ni la méthode nécessaires pour le traiter. Ils n'ont rien lu, rien retenu. Voici par exemple E. (i), un artiste! II dessine aussi bien que

(i) Élève de la section D,

54o LE ROMANTISME ET LA RÉVOLUTION

X. parle l'anglais ; il aime l'art, le dessin, les vieux mo nuraents. Bref, il mérite, — nous pouvons le dire, en soi absence, — le compliment d'Horace à Tibulle :

Non tu corpus eras sine pectore !

« Certaines lectures, ajoute-t-il, ont développé chez lui c< goût naturel... » De mieux en mieux; nous n'avons plu qu à entendre l'indication desdites lectures... Voici, er effet, les biographies des grands hommes de la Renais sance, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo... « 11 a, dit-il commenté ces ouvrages le crayon à la main »... il devien tout à fait intéressant... Et c'est à ce moment qu'il tourn( court. Il n'a guère appris à traduire sa pensée par le langage, et comme il ne peut pas nous parler des choses avec son crayon, il s'arrête au plus bel endroit. 11 ne sait pas insister sur une idée, l'isoler des autres et l'expose en détail. 11 répète cinq ou six fois la même formuli vide, au lieu d'accumuler des exemples à l'appui de ses thèses favorites... Il sent ; il ne rend pas. 11 pourrait au moins, nous tracer, comme l'a fait de V. pour l'ana lyse d'Andromaque, une image d l-lpinal avec légendes a Les lectures d'un jeune artiste ! » II n'ose pas, sans doute! Et, sous la forme régulière, il reste désespérémeni sec et insignifiant, car lui aussi, ce garçon original e sincère... (c'est notre leitmotiv) manque d'éducation littéraire !

En voulez-vous d'autres? Voici L., notre premier e mathématiques, également passionné pour les études qu'i aime. Nous le voyons, après les classes, pérorer au tableau tandis que plusieurs d'entre vous, pas toujours par ui amour désintéressé de la science, prennent hâtivement dei notes en vue du devoir de la semaine... C'est un vrai « scientifique ». 11 le déclare; il n'a pas tort : « Les livres que je lis avec passion Çsic^ sont ceux du docteur Le Bon. » Vous croyez peut-être qu il va nous en rendre compte Pas du tout. C'est à la dernière ligne qu'il nous fait cette déclaration brûlante, après avoir raconté de froides bali vernes, auxquelles il ne croit pas, sur Pascal et Hugo.

I Comment, mon pauvre ami, ayant à votre disposition de I tels éléments... ?

L. — Je ne les croyais pas littéraires! — Pas littéraires, des livres qui vous intéressent passionnément ! Mais fussent-ils secs, à l'instar de lalgèbre (ce qui n'est pas le cas), ils seraient encore « littéraires », puisqu ils vous émeuvent à ce point.

Vive le mélodrame où Margot a pleuré I

Pas littéraires!... Voilà donc le résultat de mon enseignement! Voilà huit mois que je m'évertue à vous dire : la beauté littéraire se trouve partout où l'on rencontre une idée juste, un sentiment sincère, une expression exacte et claire. Hier encore, je vous avouais que Demolins m'intéresse plus que Boileau. Nous avons acheté la Supériorité des Anglo-Saxons, les reportages de Jules Iluret. Notre prochain crédit sera consacré à compléter les récits de Tite-Live et de Plutarque par les volumes du commandant Semenoff sur Port-Arthur et Tsoushiraa. Et c'est pour m'entendre faire, par mes meilleurs élèves, une pareille réponse! Pas littéraires, des livres qui (bien que trop forts pour voti'e âge) vous inspirent le goût de la philosophie!... Ah, barbare!

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