Les moralistes
Quelques élèves ont essayé de nous présenter ainsi le sujet; ils nous ont parlé modestement d'eux-mêmes et des excellents principes qu ils ont puisés dans les livres. Mais, si leur caractère est modeste, leurs ambitions ne le sont pas. Je suis un peu inquiet lorsque A. m'affirme conformer sa conduite à celle des héros de Corneille, et je cherche en vain dans son devoir une circonstance, une seule, où il ait eu l'occasion de montrer une âme cornélienne. . . Le fait n'est pas invraisemblable, puisque M., autrefois, en Seconde, nous en a cité un exemple assez curieux (i)... Je constate pourtant qu'il ne s'est pas produit dans l'existence
(i) La Classe de Français, p. ao3.
A Quoi SERVENT NOS LECTURES Ô/|5
de A... Je suis encore plus sceptique lorsque j'entends II. m'assurer que La Fontaine a eu sur lui la plus grande influence, et A. me déclarer qu'il fait de Montaigne son livre de chevet. Heureusement, ce n'est pas vrai. Ils ont « bluli'é ». Leurs devoirs le prouvent bien : le premier est sec et vague; et le second est ainsi noté, dans une marge:
Tous CCS textes ne m'intt'rcsscraient que s'ils avaient influé sur vos actes, ou au moins sur vos jugements, en telle ou telle circonstance. Citoz-nous des cas, dans la vie pratique, en famille, entre camarades, à propos d'un fait divers ou d'un incident de classe, où vous jugiez « h la Montaigne » , où vous disiez : « Que sais-je ? « sur le ton de Montaigne, où vous ayez quelque chose de son scepticisme, do son détachement, de son indifférence philosophique... Ce serait regrettable à d'autres égards... Ce serait du moins le sujet.