Un dilettante
Je ne signale que pour mémoire le paradoxe de de M., qui déclare que les meilleurs livres sont les plus inutiles. Non seulement il préfère les poètes aux prosateurs, mais il aime, parmi les poètes, ceux qui ont le moins d idées ! Son auteur préféré estThéophile Gautier ; et dans Théophile Gautier sa pièce de prédilection est celle qui l'éblouit le mieux sans lui donner à penser: la Symphonie en blanc majeur. Il aime Rostand, surtout dans Chantecler, à cause de son extraordinaire fécondité verbale ; il n'en dédaigne pas même les plus affligeants calembours. Enfin, il fait son dieu de Leconte de Lisle (quoique le nihilisme navrant du poète soit juste le contraire de ses convictions), parce que ce cruel démolisseur de croyances est un merveilleux ouvrier en vers... Le devoir est assez élégant, dans son impertinence railleuse; mais il ne nous présente guère qu'un paradoxe habilement soutenu : à peu près le contraire de ce que je demandais.